Laurent Pelly : « Un grand poème à la gloire du théâtre »
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Laurent Pelly propose une nouvelle mise en scène de L’Amour des trois oranges de Prokofiev, à l’Opéra de Lyon puis à l’Opéra national du Rhin. Il évoque Gozzi, la commedia dell’arte et une œuvre qui lui est chère, où le merveilleux, l’humour et les ruptures de ton célèbrent la puissance du théâtre.
Qu’est-ce qui vous séduit dans L’Amour des trois oranges ?
Laurent Pelly : J’adore cet opéra, tant pour sa musique que pour son théâtre. Je l’avais d’ailleurs monté en 2005 à l’Opéra d’Amsterdam et j’avais très envie d’y revenir. J’en ai fait part à Richard Brunel [le directeur de l’Opéra de Lyon, NDLR] quand nous évoquions les prochaines saisons et il a accepté. Je connais bien l’univers de Carlo Gozzi dont le texte a servi de base à l’élaboration du livret. J’ai mis en scène en 2015 L’Oiseau vert qui constitue la suite de L’Amour des trois oranges.
La musique de Prokofiev est absolument extraordinaire et elle se met au service d’un texte qui est un grand poème à la gloire du théâtre et de l’imagination. Carlo Gozzi écrivait des pièces où le merveilleux tient une grande place en réaction à celles de Carlo Goldoni, plus prosaïques, basées sur le quotidien, et celles de l’abbé Pietro Chiari.

Le texte tient une place importante dans L’Amour des trois oranges. Ce n’est pas un opéra avec de grands airs.
L.P. : C’est presque plus une pièce de théâtre qu’un opéra. Notre travail de préparation se rapproche beaucoup de celui du théâtre. On bricole, comme au théâtre, pour faire apparaître ou disparaître des personnages. C’est une formidable machine de théâtre qu’il faut faire fonctionner. Les personnages, issus de la commedia dell’arte, se montrent hauts en couleur, comme dans le texte original. Prokofiev conserve ainsi Truffaldino, le valet bouffon, Pantalone, le vieux courtisan, Tartaglia, un personnage grotesque, et Smeraldina, la servante.
Il ne faut d’ailleurs pas oublier que Gozzi n’a pas rédigé une pièce de théâtre dans le sens traditionnel. Il s’agit d’une fiaba teatrale fondée sur un canevas de commedia dell’arte, c’est-à-dire une comédie à canevas dont les dialogues sont improvisés par les acteurs. L’opéra de Prokofiev maintient cette succession très libre de scènes, de personnages-types, d’interventions du merveilleux et de ruptures de ton.
Prokofiev caricature-t-il l’opéra et ses conventions ?
L.P. : Oui, dans la mesure où tous les personnages sont « extrêmes » et frisent la caricature. Et ce dès le début, dès le chœur du Prologue où les Tragiques, les Comiques, les Lyriques, les Têtes vides réclament un spectacle qui réponde à leurs attentes respectives. On est dans un ton de dessin animé. Prokofiev s’en sert et compose une œuvre très drôle, mais jamais linéaire, toujours en rupture, en contrastes, qui peut se montrer tour à tour émouvante, frémissante, violente…
L’opéra comprend également une histoire d’amour entre le Prince et Ninette. Peut-on la comprendre comme un récit initiatique ?
L.P. : Il me semble que cette dimension se perçoit davantage dans L’Oiseau vert. Le propos principal de L’Amour des trois oranges est théâtral. C’est un tourbillon joyeux qui fête la puissance collective du théâtre. C’est une pièce de troupe… qui n’est pas sans difficultés pour l’orchestre.
Cet opéra a-t-il une résonance particulière aujourd’hui ?
L.P. : Ce n’est clairement pas une œuvre politique. C’est un chef-d’œuvre qui n’appelle pas une lecture conceptuelle. C’est une pièce susceptible de parler à chacun par la joie qu’elle transmet.
Dates et représentations
- À l’Opéra de Lyon, du 4 au 20 octobre.
- À l’Opéra national du Rhin, à Strasbourg, du 15 au 23 mars, et à Mulhouse, les 4 et 6 avril.
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