Laurent Pelly met en scène La Fiancée vendue à Madrid

Par |Published On: 21 avril 2026|

Absente de la scène madrilène depuis 1973, La Fiancée vendue de Smetana y fait un retour remarqué et connaît un accueil triomphal. Laurent Pelly, hôte régulier de la capitale espagnole et de son Teatro Real, en livre sa vision.

Vous avez déjà mis en scène La Petite Renarde rusée de Janáček, que dirigeait Seiji Ozawa, au Japon puis à Florence, en 2009. La langue tchèque constitue-t-elle un obstacle à votre travail ?

Pas plus que le russe ou l’allemand. Nous travaillons toujours avec des coachs de langues qui permettent tant de respecter la prononciation que de faciliter les échanges. J’avoue admirer les chanteurs qui apprennent par cœur et phonétiquement leurs rôles. D’autant que le tchèque n’est franchement pas facile ! Mais, quelle que soit la langue, la musique reste mon principal guide.

Connaissiez-vous La Fiancée vendue avant d’en préparer la mise en scène ?

Non, c’est Joan Matabosch, le directeur artistique du Teatro Real de Madrid, qui m’en avait parlé avant de préparer, pour mai 2024, Les Maîtres chanteurs de Nuremberg de Wagner.

Créé en 1866, l’opéra de Smetana affiche une humeur générale plutôt légère. Y voyez-vous un rapprochement possible avec Offenbach ?

On peut parfois évoquer Offenbach ou Rossini. Mais La Fiancée vendue présente un mélange singulier de musique de tradition tchèque, surtout confiée aux épisodes chorégraphiques, et de modernité. C’est une musique de son temps, absolument superbe, mais elle semble souvent annoncer celle du début du XXe siècle. Elle fait alterner comédie et émotion à travers une intrigue vraiment légère, facile à comprendre.

Voulez-vous glisser ou lisez-vous un message derrière cette histoire de fiancée effectivement vendue par son amoureux afin d’être certain, au prix d’un stratagème, de pouvoir l’épouser ?

Ce n’est pas vraiment ma façon de travailler ni de concevoir des spectacles. Je cherche avant tout à faire fonctionner l’œuvre. Cet opéra, d’une vitalité extraordinaire, cache, il est vrai, derrière sa joie communicative, une satire sociale et dénonce la cruauté des rapports humains. Mais j’ai choisi de le représenter à travers le regard de Mařenka, ladite fiancée. C’est une rebelle puisqu’elle refuse le mari que lui a choisi son père pour effacer des dettes auprès d’un riche fermier et reste amoureuse de Jeník. Elle vit un véritable cauchemar, né des contraintes familiales et sociales, mais parvient à ses fins au dernier acte. Musicalement et dramatiquement, Mařenka est toujours intéressante.

Les photos du spectacle montrent un décor réduit. L’opéra de Madrid semble par ailleurs engagé dans une démarche de sobriété environnementale…

Il a fallu concevoir le spectacle selon différents critères dont celui de la coproduction. Cette Fiancée vendue réunit, en plus du Teatro Real de Madrid, l’Opéra national de Lyon, l’Opéra de Cologne et le Théâtre Royal de La Monnaie, à Bruxelles, qui ne disposent pas tous de scènes de mêmes dimensions. Quant au décor, il utilise en effet, notamment dans le premier acte, un agglomérat de meubles et d’accessoires de récupération, qui flotte tel un nuage : cet empilement représente le chaos qui règne dans la tête des personnages et dénonce leur attachement dérisoire à la propriété. Il se trouve aussi que je ne voulais pas traiter cet opéra d’une façon réaliste et tenais absolument à éviter tout folklore, entre autres dans les danses qui sont nombreuses. J’ai préféré une réalisation très graphique, notamment dans le troisième acte qui voit apparaître un cirque ambulant. J’ai été très marqué dans ma jeunesse par les dessins animés tchèques des années 1960 qui mélangeaient légèreté et sérieux.

Informations pratiques

  • Œuvre : La Fiancée vendue
  • Musique : Bedřich Smetana
  • Livret : Karel Sabina
  • Direction musicale : Gustavo Gimeno
  • Mise en scène et costumes : Laurent Pelly
  • Scénographie : Caroline Ginet
  • Interprètes : Svetlana Aksenova et Natalia Tanasii (Mařenka, en alternance), Pavel Černoch et Sean Panikkar (Jeník), Manel Esteve (Krušina), María Rey-Joly (Ludmila), Mikeldi Atxalandabaso et Moisés Marín (Vašek), Günther Groissböck et Martin Winkler (Kecal), Chœur et Orchestre du Teatro Real
  • Lieu : Teatro Real, Madrid
  • Dates : les 23, 24, 28, 29 et 30 avril à 19 h 30
  • Durée : 2 h 50 min
  • Renseignements et réservations sur le site du Teatro Real

Cette production sera visible gratuitement jeudi 23 avril, à 19h30 sur la plate-forme OPERA VISION et disponible jusqu’au 23 octobre.

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