La Walkyrie à Bayreuth
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Face à un bilan faible côté chanteurs, une raison d’assister à La Walkyrie produite cette année à Bayreuth demeure : le ténor Michael Spyres.
Crédit photo : Enrico Nawrath
Le lendemain, précisément, pas le temps même d’une génération, puisqu’ à l’acte II, entre hystérie et larmes, on célèbre les funérailles de Freia. Avant, dans sa maison, Hunding, gardien du domaine de la smala Wotan, passe tout une partie de l’acte I sur un escabeau à tenter de réparer l’électricité qui a sauté avec l’orage, tandis que Sieglinde, enceinte jusqu’au cou (on comprendra à l’acte II que des œuvres de Wotan), tombe amoureuse d’un inconnu, avec qui elle s’enfuit. Cela passe mal en haut lieu. Pressé de toute part, Wotan abattra son fils sans épée d’un coup de revolver… (la lance, c’est démodé) et une fois que Sieglinde aura accouché, à l’entracte, rejoindra ses dix filles dans un institut de chirurgie esthétique, pour condamner sa préférée à se retirer derrière un mur aveugle. Pas de contact (mais un très beau jeu de mains qui se tendent et se refusent – Valentin Schwarz sait faire aussi du bon théâtre), pas de baiser, ni de feu, on ne va quand même pas nous jouer la magie ! Bref, le concept de refus du texte demeure intact, c’est la seule vraie cohérence de ce Ring dynamité… Faut-il insister ? D’ailleurs, on en restera là, il y a mieux à voir et entendre ailleurs. Car côté fosse c’est, non la débâcle (tout est en place), mais le manque absolu d’intérêt, de prise en charge d’un récit, d’un part mêmei. Alors, le duo d’amour sera plat, les Adieux sans émotion !
Un bilan faible côté chant
Côté chant, si le Sprechgesang auquel se réduit le chant de Tomasz Konieczny pourrait passer dans son grand récit du II, il montre des limites absolues de couleurs, d’ampleur, de ligne, de ton pour tout l’acte III. La Brünnhilde de Catherine Foster, déjà entendue bien moins rigoureuse ici sous la baguette d’un Kyrill Petrenko inspiré (dans le Ring de Castorf, lui aussi autrement pensé, et puissant) surprend en bien : l’aigu est désormais stable, sinon éblouissant, le chant très probe, et le personnage de fille branchée se contrefoutant de la famille existe vraiment. Le Hunding de Georg Zeppenfeld qu’on a connu plus noir, la Sieglinde de Vida Miknevičiūtė, grande voix mal conduite, aussi mauvaise styliste qu’à Baden-Baden au printemps (CLASSICA n° 262), les Walkyries criailleuses, le bilan est faible. Mais il y avait quand même une bonne raison d’aller à cette Walkyrie, et elle s’appelle Michael Spires.
Michael Spires, la raison d’aller à cette Walkyrie
Le ténor américain, qui incarne ici son premier Siegmund, avant le Walther des Maîtres chanteurs l’an prochain, et Lohengrin en 2027, dit clairement l’inflexion d’une carrière remarquable. Le timbre moelleux, aussi chaleureux que somptueux, sensible à chaque inflexion du récit vocal, vibre de séduction, et cet art du chant renvoie au mythique James King du temps de Karl Böhm. Les Wälse impressionnent par le souffle et la tenue, tandis que le jeu des couleurs fascine. S’il faut exprimer une légère réserve, c’est sur un investissement théâtral à rendre plus prenant. L’évolution se fera avec d’autres directeurs de scène, et d’autres chefs, c’est certain, mais pour une prise rôle, c’est un sans faute. Et sa façon de chercher à retrouver un chant wagnérien d’avant les excès qui ont suivi le décès du compositeur, sans surpoids, sans accents, purement lyrique donc, que Cosima Wagner avait banni, est historiquement nécessaire On en redemandera.




