La voix du cœur aux Concerts Cantabile

Par |Published On: 21 novembre 2024|

Salle Cortot, les sopranos Amélie Tatti et Inna Kalugina proposent leur vision de leur culture corse et ukrainienne dans une sélection de chants traditionnels. Une dernière soirée très réussie pour les Concerts Cantabile.

Concerts Cantabile ©Antoine Labat photo

Crédit photo : Antoine Labat photo

Des chants traditionnels corses et ukrainiens et un quatuor à cordes : voilà ce que proposaient les frères Sacha et Hugo Pietri, fondateurs des Concerts Cantabile, pour ce dernier volet d’un cycle à la salle Cortot. Loin des compositeurs qui alimentent l’imaginaire musical de l’ouest, c’est un ensemble de chansons qui propose une autre façon de remonter le temps et de toucher l’âme. Un pari réussi.

En première partie, la soprano Amélie Tatti, originaire de Bastia, présente un panorama émouvant d’une Corse populaire. Accompagnée de quatre jeunes musiciens, la lauréate de la Fondation Royaumont en 2020 exhume les souvenirs de l’enfance, célèbre un héritage corse des plus émouvants avec, par exemple, les berceuses O Ciuccarella ou Ninnina qu’elle entame depuis les coulisses comme un air lointain d’autrefois. Véritablement convaincante, Amélie Tatti déploie un vibrato d’une grande intensité. Aussi bonne comédienne que chanteuse, elle ne manque pas de puissance et nuance à merveille son propos pour dessiner les émotions. Surprise bienvenue, elle s’adresse au public pour présenter les chants, rappelant une mère aimante et la simplicité heureuse de ceux qui vivent avec le cœur.

Les violonistes Camille Theveneau (parfaite maîtrise technique), Toma Bervetsky (sonorité profonde, très chaleureuse) et les frères Hugo et Sacha Pietri, au violoncelle et à l’alto, offrent ensuite un bel intermède avec le Quatuor à cordes n° 4 du compositeur ukrainien Boris Liatochinski (1895-1968). Basée sur des lignes mélodiques folkloriques mais également riche d’influences d’Europe et d’Asie, cette œuvre évoque l’exil imposé par la guerre, celle de 1939-1945, et résonne avec une troublante actualité.

Cri d’un pays souffrant

Puis c’est un cri du cœur : l’Ukrainienne Inna Kalugina interprète des chants de son pays souffrant, en se gardant de tomber dans tout sentimentalisme. La soprano, Grand Prix Opéra du concours Enesco en 2022, fait montre d’une prestance saisissante. Elle ne navigue pas sur les eaux de l’art lyrique ; elle les fend. Quitte à souligner quelques nuances. La chanteuse sait pourtant revenir à la délicatesse d’une chanson romantique, accompagnée par les musiciens auxquels la harpiste Clothilde Boussange s’est ajoutée. Ensemble, ils se font la caisse de résonance de l’histoire ukrainienne.

Enfin, chanteuses et musiciens entament l’hymne corse Dio vi salvi Regina, qui s’achève sur un très émouvant duo a capella. Une standing ovation générale et un deuxième rappel concluent cette soirée hors du commun.

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