La Tempête de Frank Martin, un opéra rare à redécouvrir
À l’occasion de la nouvelle production de La Tempêtede Frank Martin par le Grand Théâtre de Genève, l’Avant-Scène Opéra lui consacre un précieux numéro. La publication des livrets, allemand et français, une étude détaillée de l’opéra et de sa place dans le parcours du compositeur suisse ainsi qu’une discographie et une chronologie des représentations permettent d’aller à la découverte de cette œuvre rare. Jules Cavalié, le rédacteur en chef de la revue, nous donne quelques pistes.
Comment peut-on placer La Tempête de Frank Martin dans l’histoire de l’opéra du XXe siècle ?
Jules Cavalié : Cette œuvre appartient à un pan méconnu de cette histoire, du côté des compositeurs qui ne rompent pas complètement avec la tonalité. Et elle a été assez peu représentée depuis sa création à Vienne en 1956. Seulement quatre productions ! Frank Martin ne figure pas parmi les innovateurs, mais il laisse un catalogue d’œuvres très personnel. Et La Tempête, son unique opéra, rappelle que le théâtre de Shakespeare, qui a inspiré de nombreux compositeurs, se hisse au niveau des grands mythes, d’Homère ou de Chrétien de Troyes. Et La Tempête aborde des thèmes aussi universels que le pouvoir, la vengeance, la filiation, le bien et le mal.
Dans quelles conditions se sont déroulées la composition et la création ?
J.C. : Frank Martin a commencé à composer son opéra avant même d’avoir reçu une commande. Puis l’Opéra de Vienne s’est intéressé à son projet et a décidé d’en faire sa première création depuis sa réouverture en novembre 1955. Était ainsi prévue une affiche de prestige. Karl Böhm, alors directeur de l’établissement, devait diriger une production réunissant une distribution de luxe : Dietrich Fischer-Dieskau devait incarner Prospéro, Irmgard Seefried interpréter Miranda et Julius Patzak créer Ferdinand. Mais Böhm démissionna en mars 1956 et Fischer-Dieskau tomba malade. Ernest Ansermet, fidèle défenseur de Frank Martin, assurera alors la direction de la création, le 17 juin 1956 au Staatsoper de Vienne. La distribution comprenait Eberhard Wächter en Prospéro, Christa Ludwig en Miranda et Anton Dermota en Ferdinand.
La Tempête a été créée à Vienne, donc en allemand. La création en français, à Genève, a dû attendre 1967. Vous proposez les deux versions dans l’Avant Scène Opéra. Le livret français est-il facilement disponible ?
J.C. : Non, car il n’a pas été publié. Pour établir notre édition, j’ai dû aller à Genève pour consulter la partition chant-piano qui a servi à la création au Grand Théâtre de Genève et à la bibliothèque La Musicale de Genève. La traduction française, effectuée par Pauline Martin, la sœur du compositeur, a connu des modifications lors des répétitions. Elle comporte des paperolles que l’on peut attribuer à Frank Martin et des annotations d’Ansermet. On sait par ailleurs que Ramon Vinay, qui joue Prospéro, a apporté également quelques changements. L’enregistrement radiophonique de la création, disponible sur YouTube, diffère ainsi quelque peu du texte. Il est donc impossible d’établir une version française définitive.
Comment peut-on, en quelques mots, définir le style de Frank Martin dans La Tempête ?
J.C. : Il traite le texte avec un mélange de légèreté et de profondeur. Sa musique évoque à la fois Kurt Weill et le style cabaret dans le traitement humoristique de Caliban tout en faisant penser à Debussy dans le portrait de Prospéro et de sa fille Miranda. On peut imaginer un Pelléas et Mélisande sans la libido. Martin met à distance l’émotion, sans pourtant refuser l’éloquence.
En savoir plus
Vient de paraître
- Avant-Scène Opéra n° 350
- 140 pages
- 28 €
Informations pratiques
- Œuvre : La Tempête
- Compositeur : Frank Martin
- Direction musicale : Thierry Fischer
- Mise en scène, scénographie et costumes : Netia Jones
- Lumières : Malcolm Rippeth
- Vidéos : Lightmap
- Interprètes : Stéphane Degout (Prospéro), Catherine Trottmann (Miranda), Julien Dran (Ferdinand), Nicolas Cavallier (Alonso), Edwin Crossley-Mercer (Sebastian), Léo Vermot-Desroches (Antonio), Christian Immler (Gonzalo), Glen Cunningham (Adrian), Alex Rosen (Caliban), François Rougier (Trinculo), Christophe Gay (Stephano), Georgiy Derbas-Richter (le Maître d’équipage), Joseph Chosson (Ariel), Chœur du Grand Théâtre de Genève, Orchestre de la Suisse Romande
- Lieu : Bâtiment des Forces Motrices, place des Volontaires, Genève
- Dates : 16, 18, 22, 24 et 26 septembre 2026 à 19h30 ; 20 septembre 2026 à 15h
- Durée : 3 h (entracte compris)
- Langue : Chanté en français avec surtitres en français et anglais
- Renseignements et réservations sur le site du Grand Théâtre de Genève
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