Combien de villes peuvent se prévaloir de trois grands festivals musicaux par an ? On connaît à Gstaad le festival Menuhin, qui se déroule chaque été depuis plus de soixante ans, et les Sommets musicaux, créés en 2001, aux destinées desquels préside Renaud Capuçon.

Crédit photos : Patricia Dietzi / Gstaad New Year Music Festival 2023-2024

Le plus jeune des trois, le Gstaad New Year Music Festival fondé par la princesse Caroline Murat, atteint cette année sa majorité, et pour fêter ses dix-huit ans, il propose une véritable avalanche de stars du monde lyrique : Sonya Yoncheva, Lisette Oropesa et Ludovic Tézier, Roberto Alagna, Erwin Schrott, Francesco Meli, entre autres. Le 27 décembre, c’est Jonathan Tetelman qui ouvrait le bal. Bien que tout récemment remis d’une indisposition, le ténor américain a donné une impressionnante démonstration de santé vocale, avec notamment un volume sonore presque surdimensionné pour la petite église de Rougemont.

Accompagné par le pianiste Daniel Heide, il débute son programme par deux pièces sacrées, un « Pietà, Signore » attribué à Alessandro Stradella, chanté avec une ardeur étonnamment vériste (mais Luciano Pavarotti l’a précédé sur ce terrain) et le « Panis Angelicus » de César Franck, interprété avec plus de retenue. Le baryton polonais Rafał Pawnuk, à la tessiture d’une belle largeur, le rejoint pour le duo de Don Carlo et pour l’affrontement Don José-Escamillo. Puis Jonathan Tetelman offre, avec un peu plus de nuances, quelques airs récemment enregistrés pour son disque « The Great Puccini », paru cet automne (compte-rendu dans Classica n° 258), et conclut avec  « Dein is mein ganzes Herz » du Pays du sourire. En bis, « E lucevan le stelle », puis « O sole mio » achèvent de séduire le public.

Mais le Gstaad New Year Festival, ce ne sont pas seulement des récitals d’opéra : on y entend aussi des instrumentistes, des chœurs, du jazz, des œuvres contemporaines (The Street de Nico Muhly en première suisse) et même une résurrection, comme L’Isle des Foux, opéra-comique d’Egidio Duni créé en 1760 à Paris, parodie d’un opéra de Galuppi, L’Arcifanfano sur un livret de Goldoni.

Le chef et claveciniste Iakovos Pappas et son ensemble Almazis en présentent une exécution semi-scénique, et l’on sait combien il est difficile de redonner vie à ce type de répertoire, dont la musique se révèle exigeante malgré son apparente simplicité, et qui suppose que les solistes soient également capables de se faire comédiens pour rendre justice à un abondant texte parlé. Parmi les six chanteurs réunis pour l’occasion, on retiendra en particulier deux voix féminines, les sopranos Ainhoa Zuazua Rubira et Chloé Jacob. Un enregistrement sortira au printemps 2024 sous le label Maguelone.

Pour plus d’informations :