CHOC_CLASSICA_NFPortée par la battue vive de Paul Daniel et un Orchestre philharmonique de Londres enflammé, La Princesse de Trébizonde d’Offenbach sort de l’ombre.

La Princesse de Trébizonde fut créée en juillet 1869 à Baden-Baden puis reprise cinq mois plus tard dans une version sensiblement modifiée aux Bouffes Parisiens, trois jours avant la création des Brigands, autre chef-d’œuvre. Ici, Offenbach a travaillé avec Charles Nuitter et Étienne Tréfeu, deux librettistes de talent, qui ont su inventer une histoire originale et drôle, un peu déjantée, autour du nez malencontreusement cassé d’une sculpture « antique » présentée dans la galerie de curiosités d’un cirque. La musique de cet opéra-bouffe méconnu (on note cependant quelques représentations récentes) possède les caractères coutumiers du compositeur avec une orchestration plus soutenue, mais comme dans Les Brigands, elle n’est jamais banale et culmine dans quelques numéros particulièrement réussis comme la Ronde de La Princesse de Trébizonde ou l’« Ariette du mal de dents », qui devrait figurer dans toutes les anthologies Offenbach.

Les enregistrements de La Princesse de Trébizonde se limitent à deux publications de soirées lyriques de l’ORTF, disponibles chez Malibran Music. À son habitude, Opera Rara a bien fait les choses, en se fondant sur l’édition critique de Jean-Christophe Keck, désormais indispensable pour qui veut jouer Offenbach, en publiant en appendice les morceaux supprimés lors de la création parisienne (trente-cinq minutes d’excellente musique !), et surtout en faisant appel à une solide équipe très compétente, essentiellement francophone, passant sans peine du chanté au parlé, menée avec vivacité et subtilité par Paul Daniel, qui enflamme l’Orchestre philharmonique de Londres. On retrouve Anne-Catherine Gillet que nous avions appréciée dans La Fille de Madame Angot et qui confirme ses dons pour le répertoire comique, avec toutes les exigences requises quant à la technique. Virginie Verrez, beau mezzo familier du répertoire mozartien, incarne le rôle travesti du Prince Raphaël, tandis qu’Antoinette Dennefeld, l’une des récentes Périchole du TCE fait exister le personnage plus épisodique de Regina. Côté messieurs, on notera la peu ordinaire prestation de John Lovell en Prince Casimir et le savoir-faire comique de Christophe Mortagne, familier de ce répertoire. Aucune faiblesse chez les seconds rôles. C’est dire à quel point cet enregistrement est exemplaire et constitue un standard actuel de la qualité offenbachienne.