Une Juive sans faste, mais d’une grande intensité dramatique

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Published On: 22 juin 2026|
Temps de lecture : 3 minutes


La production de Tatjana Gürbaca de La Juive de Halévy, captée à l’Opéra de Francfort, fait le choix du dépouillement visuel compensé par une direction d’acteurs remarquable. Une distribution de haut vol et une direction d’orchestre efficace assurent le spectacle.

Pendant une cinquantaine d’années, au milieu du XXe siècle, les théâtres ont abjuré Meyerbeer comme on renonce à Satan, à sa pompe et à ses œuvres. À l’Opéra de Paris, où est pourtant né le grand opéra à la française, la reprise des Huguenots en 2018 est restée sans lendemain. Ailleurs en France et dans le reste du monde, en revanche, plus personne n’hésite à programmer des titres comme L’Africaine ou Le Prophète, le plus souvent en se dispensant des fastes et de la pompe qui accompagnaient les représentations d’autrefois.

Un spectacle sans attrait visuel, mais une direction d’acteurs intense

Cette captation de La Juive de Fromental Halévy (encore un titre que l’Opéra de Paris n’a risqué qu’en 2007, sans jamais le redonner) en provenance de l’Opéra de Francfort illustre bien cette nouvelle attitude. Un seul décor, pas bien joli, mais qui offre de nombreux espaces où faire évoluer les personnages. Des costumes quelconques, voire laids, inscrivent l’action de nos jours, avec parfois des incursions vers la Renaissance, avec un carnaval total pour le dernier tableau.

Heureusement, Tatjana Gürbaca impose une direction d’acteurs intense, dont bénéficie en particulier la princesse Eudoxie, résolument arrachée au stéréotype de l’épouse bafouée, non sans s’autoriser quelques rares instants loufoques quand la musique se fait plus guillerette. Si l’œil n’est pas vraiment à la fête, au moins l’esprit a-t-il amplement matière à s’intéresser au drame qui se joue, ce qui fait du DVD une alternative possible à l’unique version jusqu’ici au catalogue, qui immortalisait l’inoubliable production de Günter Krämer pour l’Opéra de Vienne (Deutsche Grammophon, 2004).

Une réalisation musicale de haut niveau

Et par bonheur, la réalisation musicale place la barre haut. Même le chœur local offre une diction tout à fait satisfaisante du français. Parmi les protagonistes, seul le Brogni de Simon Lim peut sembler dramatiquement pâle, malgré ses graves caverneux ; seuls les derniers instants l’arrachant à une certaine placidité. Monika Buczkowska confère à Eudoxie un relief inaccoutumé : la production l’y aide, mais ses moyens vocaux suffiraient. Gerard Schneider est un Léopold solide, à l’aigu percutant. John Osborn campe enfin un héros dont il a désormais l’âge et, parmi tous les titulaires actuels d’Eléazar, il est l’un des rares à oser la cabalette après « Rachel, quand du seigneur ».

Quant à Ambur Braid, elle est une admirable Rachel : l’Opéra de Lyon nous a plusieurs fois permis d’entendre cette soprano dramatique canadienne dans le répertoire germanique du début du XXe siècle, mais elle se révèle une somptueuse interprète dans une musique qui appelle des qualités tout autres. Malgré d’inévitables coupures, cette production vaut également pour la direction d’Henrik Nánási et son efficacité dramatique.

Informations pratiques

  • Compositeur : Fromental Halévy (1799-1862)
  • Œuvre : La Juive
  • Interprètes : Ambur Braid (Rachel), John Osborn (Éléazar), Gerard Schneider (Léopold), Monika Buczkowska (Eudoxie), Simon Lim (Cardinal Brogni), Sebastian Geyer (Ruggiero), Danylo Matviienko (Albert), Chœur et Orchestre de l’Opéra et du Musée de Francfort, Henrik Nánási (direction), Tatjana Gürbaca (mise en scène)
  • Label : Naxos 2.110781 (1 DVD)
  • Date d’enregistrement : 2024
  • Durée : 3 h 19 min

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