La Force du destin belliqueuse à la Scala de Milan

Par |Published On: 20 décembre 2024|

À la Scala de Milan, Leo Muscato propose une Force du destin de Verdi belliqueuse. La distribution est dominée par deux superstars.

La Force du destin, Verdi, Scala de Milan © Teatro alla Scala

Alexander Vinogradov, Anna Netrebko et Brian Jagde. Crédit photo : Teatro alla Scala

La Force du destin, pour le metteur en scène Leo Muscato, c’est la guerre. Toujours horrible, toujours dévastatrice, qu’elle ait lieu au XVIIIe (Italie), au XXe siècle (les tranchées) ou de nos jours (Donbass ? Gaza ?). On croit lui échapper, elle vous poursuit partout, vous traque partout, et vous anéantit. Pour raconter cette histoire, l’une des plus invraisemblables mises en musique par Verdi, la scénographe Federica Paolini a opté pour une double tournette qui permet de faire défiler de multiples tableaux vivants. Certains évoquent des crèches napolitaines, d’autres des boules de neige, et certains moments sont, grâce aux lumières d’Alessandro Verazzi, franchement réussis, comme l’accueil de Leonora à l’ermitage. Alors que les protagonistes meurent dans un paysage de désolation absolu, l’arbre qu’on croyait mort reverdit. La paix est revenue, la vie avec elle. Certes, mais pour combien de temps ?

La teinte militaire domine également l’orchestre, Riccardo Chailly se montrant plus à son aise dans ce registre que dans les pages lyriques. Son « rataplan » qui clôt l’acte III est un chef-d’œuvre d’articulation, de précision et de légèreté. Les voix, solistes et chœur, chantent bien, mais souvent beaucoup trop fort. La distribution est dominée par deux superstars : Ludovic Tézier est, depuis quelques années, le meilleur baryton Verdi au monde. Anna Netrebko, après avoir dominé la scène pendant trente ans, reste impressionnante dans sa maîtrise des demi-teintes et du pianissimo. Par endroits, sa technique étrange, sur-timbrée et poitrinée, lui joue pourtant des tours : le début de « Pace, pace » est hésitant. Elle chante trop fort dans le quintette de l’acte II « Su noi prostrati e supplici », ruinant l’un des passages les plus beaux de l’opéra. Ce n’est pas du goût de tout le monde. Brian Jagde, annoncé souffrant, incarne un Alvaro de grande vaillance.

À leurs côtés figurent d’excellents seconds rôles : Vasilisa Berzhanskaya, très engagée dans le rôle de Preziosilla, et Alexander Vinogradov, père supérieur à la voix ample et profonde. La palme revient à Marco Filippo Romano dans le rôle si important, et varié, de Fra Melitone : à la splendeur du timbre se joint un parfait naturel scénique. Applaudissements courtois à la fin, traversés par les cris d’enthousiasme de quelques inconditionnels assez minoritaires.

Milan, Teatro alla Scala, le 19 décembre 2024