La Force du destin à Athènes
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Retour de La Force du destin à Athènes, après vingt-sept ans d’absence, pour sa cinquième production locale. L’intérêt ? Hors le ténor, argentin, et le chef, italien, l’équipe est locale. Cela s’appelle la troupe. Et elle est excellente.

Crédit photo : Giannis Antonoglou
Projeté sur le rideau de scène pendant la fameuse ouverture, un cardinal enlève un nouveau-né à une femme en pleurs, devant une fillette. À L’acte I, dans une cave sinistre, Léonora attend Alvaro en compagnie d’un gamin en pull jacquart qui ira prévenir leur père, le cardinal, de la fuite projetée. La production de Rodula Gaitanou sera un féroce critique de l’hypocrisie du catholicisme (on verra aussi bien Leonora s’installer en croix devant le Padre Guardiano, que l’ombre de son père hanter les mauvaises actions de son frère). La metteuse en scène étire aussi le temps pour installer les tableaux de foule aux deux guerres mondiales. Anecdotique ! Dommage, elle sait manier les foules et diriger les acteurs (elle est passée par le Laboratoire d’Études du mouvement de Jacques Lecocq) mais pourquoi forcer le trait ?
Au dessus de la cave, George Souglides a posé le couvent (matérialisé par des stèles à luminions électriques) sur le même tertre boisé que la fête de mariage qui évoque les méfaits du recrutement, sans gérer des changements verticaux de tableaux bien trop longs. Aurait-on supprimé les quatre scènes devant le couvent qui ouvre l’acte IV pour compenser ?
Musicalement, en revanche, cela se tient bien. Un seul regret, l’aigu de Cellia Costea, soprano roumaine fétiche d’Athènes, une vraie Leonora, mais qui a trop souvent tendance à chanter bas. Dimitri Platanias, le baryton vedette d’Athènes, a l’exact profil vocal pour Carlo, mais joue à l’outrance un méchant sans introspection. Petros Magoulas, à la fois Marquis calotté odieux, et Guardiano compatissant, a les beaux graves requis. Oksana Volkova arrive à faire de Preziosilla une Marlène en uniforme, qui manque un rien d’appui dans le médium. C’est Marcello Puente, qui a déjà chanté Don Carlo et Chénier ici qui fait le plus beau parcours, d’un chant stylé, séduisant et sans effort. La production n’utilise guère la vis comica de Yanni Yannissis en Mélitone, qui perd la moitié de son rôle. Chœurs excellents, l’orchestre très bien mené par Paolo Carignani qui sait son Verdi à fond. Dommage vraiment, ces changements qui cassent le rythme !
Pour plus d’informations
Athènes, Opéra national de Grèce, salle Stavros Niarchos, le 9 février.




