Dans un Eugène Onéguine à la distribution idéale et mis en scène par Florent Siaud, l’Orchestre national du Capitole, dirigé par Patrick Lange, termine sa saison sur un très beau tableau. 

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Tatiana reste seule à l’avant-scène lorsque tombe le rideau final ; seule après trois heures de lutte intérieure, d’humiliation et d’orgueilleuses relevailles. Dans sa robe blanc crème, Valentina Fedeneva, timbre voluptueux et ardent, évoque l’héroïne du sulfureux film de Kirill Serebrennikov, La Femme de Tchaïkovski. Si la proposition de Florent Siaud ne pousse pas aussi loin son analyse que le cinéaste russe, ses belles images font néanmoins de la provinciale, trop lettrée, le phare d’Eugène Onéguine. Elle ravit la vedette à Stéphane Degout. Un brin timoré, il manque à l’immense chambriste l’outrecuidance indolente du héros de Pouchkine. Face à lui se dresse le formidable Lensky de Bror Magnus Tødenes qui dispense de superbes messa di voce dans « Kuda, kuda ». Habité de bout en bout, le ténor norvégien est la révélation de cette production impeccablement distribuée, de la pétulante Eva Zaïcik (Olga) au granitique Grémine d’Andreas Bauer Kanabas. Le ténor léger de Carl Ghazarossian campe un facétieux Monsieur Triquet. Juliette Mars, un peu jeune pour incarner les mères, séduit vocalement. Sophie Pondjiclis est une truculente Filipievna. La trop brève intervention du ténor Alfredo Poesina, venu du chœur toujours impeccable du Capitole, enthousiasme autant que le bienveillant Zaretsky de Yuri Kissin.

Patrick Lange tire le meilleur de l’Orchestre national du Capitole. Les cordes envoûtantes et les vents aux couleurs généreuses transcendent la passion selon Tchaïkovski. L’élégance et la qualité de ce qui est donné à voir et à entendre offrent aux amateurs de beau chant une glorieuse fin de saison.

Toulouse, Opéra du Capitole, le 25 juin

Pour plus d’informations

Opéra du Capitole, saison 2024-2025