Kent Nagano éclaire Le Crépuscule des dieux d’un jour nouveau

Published On: 28 août 2026|
Temps de lecture : 4 minutes

C’est par la fin du Ring de Wagner que commence la nouvelle saison du Théâtre des Champs-Élysées. Le Crépuscule des dieux interprété par le Dresdner Festspielorchester et Concerto Köln, deux ensembles d’instruments d’époque réunis sous la baguette de Kent Nagano, offre l’occasion unique de redécouvrir cet opéra à la lumière des pratiques vocales et des indications laissées par le compositeur.

L’aventure a commencé en 2023 et s’achève cette année. Le Dresdner Festspielorchester et Concerto Köln se sont lancés dans « The Wagner Cycles », une passionnante relecture du Der Ring des Nibelungen, en version de concert, selon les pratiques historiques (instruments, types de voix, phrasés, équilibres), sous la direction de Kent Nagano et de Jan Vogler, directeur du Dresdner Musikfestspiele (Festival de musique de Dresde).

Si la France n’a pas pu entendre les deux premiers volets de cette tétralogie, L’Or du Rhin et La Walkyrie, elle a pu découvrir Siegfried l’an passé à la Philharmonie de Paris. Dévoilé en mai dernier à Dresde, ce Crépuscule des dieux illuminera le Théâtre des Champs-Élysées le 13 septembre, trois jours après une étape au Festival de Lucerne.

Ce Ring « historiquement informé » a fait grand bruit et suscité des réactions très enthousiastes. La France n’aura pas eu le loisir d’entendre les quatre opéras mais seulement les deux derniers. Comment est né ce projet ?

Kent Nagano : De façon plutôt singulière. C’était en 2016, lors de représentations d’Idomeneo de Mozart avec les ténors Prégardien père et fils et Concerto Köln. Jean-Michel Forest, un des contrebassistes et responsables de l’ensemble, vient me voir, me fait part de la satisfaction générale mais regrette que notre collaboration se limite aux répertoires baroque et classique. Je lui demande, sur le ton de la plaisanterie, s’il pense à Wagner. « Pourquoi pas ? », me répond-il. Voilà comment cela a commencé. Nous avons alors décidé non pas de nous lancer d’emblée dans une production mais de démarrer un projet universitaire sur ce que représente la tradition et comment l’interroger.

C’est-à-dire ?

K.N. : L’Opéra d’État de Bavière, où j’ai dirigé un Ring en 2012 et 2013, a une relation très étroite avec Wagner dont il a créé, entre 1865 et 1870, Tristan et Isolde, Les Maîtres chanteurs de Nuremberg, L’Or du Rhin et La Walkyrie. Il peut donc se prévaloir d’une évidente tradition. Mais des discussions avec les musiciens de l’orchestre ont vite fait apparaître des interprétations très variables, voire contradictoires, de la notion de tradition. Elle est évidemment essentielle pour la musique classique mais encore faut-il s’entendre sur ce qu’elle signifie. Est-ce ce que j’ai pu entendre ces quinze dernières années ? Est-ce ce que mon père a entendu ces quarante dernières années ? Ou ce que m’a dit un chanteur qui avait travaillé avec un ancien maître, par exemple ?

Je me suis penché sur mon propre parcours. Moi qui ai participé à la création de plusieurs œuvres d’Olivier Messiaen, je me demande quelle est la tradition relative à la musique. Ce qu’on peut entendre aujourd’hui s’éloigne souvent de ce que Messiaen m’a expliqué. Mais on ne peut pas dire que ces interprétations ne sont pas justes. Je me suis alors mis à essayer de comprendre, avec les musiciens de Concerto Köln, le soutien du Dresdner Festspiel et de son orchestre, le Dresdner Festspielorchester, quelles étaient les priorités de Richard Wagner. Quelle émission de voix cherchait-il ? Pourquoi a-t-il choisi pour incarner sa première Isolde, Malvina Schnorr von Carolsfeld, qui chantait Leonore de Fidelio mais aussi Gluck, Mozart et Bellini ?

Quel type d’indications Wagner a-t-il transmis ?

K.N. : On sait qu’il en avait donné aux chefs d’orchestre Felix Mottl ou Hermann Levi sur la façon d’interpréter sa musique. Nous avons donc pris connaissance de toutes les recommandations de Wagner relatives à à l’interprétation de sa musique et tenter de comprendre quel type de voix précis il cherchait et quel instrumentiste il avait choisi. C’est parfois un véritable travail d’enquête. Dans ses partitions, il écrit senza vibrato. Pourquoi ? Quelle en est la justification ? Il écrit par ailleurs que le portamento doit être audible. Comment le traduire ? Est-ce un glissando ? Est-ce qu’on commence en bas pour monter ou le contraire ? Un des chercheurs engagés sur le projet a trouvé à Paris des croquis d’un violoncelliste jouant du Wagner. D’après la position de ses doigts, on a pu déduire comment il jouait.

Les résultats de ces recherches sont-ils accessibles ?

K.N. : Oui, ils sont disponibles en ligne. Ce sont les « Wagner-Lesarten » (Interprétations de Wagner), lancées en 2018 par Concerto Köln et la Kunststiftung NRW (Fondation des arts de Rhénanie-du-Nord-Westphalie) en relation avec l’Université de Cologne. Plusieurs actes de colloques et des vidéos sont disponibles. Un documentaire audio est en préparation. Ce travail servira aux générations futures. Pas comme modèle qu’il faudrait copier, mais comme outil permettant de disposer de tout le matériel et les indications laissées par Wagner.

Informations pratiques

  • Œuvre : Le Crépuscule des dieux
  • Compositeur: Richard Wagner (1833-1883)
  • Direction musicale : Kent Nagano
  • Interprètes : Young Woo Kim (Siegfried), Asa Jäger (Brünnhilde), Patrick Zielke (Hagen), Johannes Kammler (Gunther), Sophia Brommer (Gutrune), Daniel Schmutzhard (Alberich), Annika Schlicht (Waltraute), Ania Vegry (Woglinde), Ida Aldrian (Welgunde), Eva Vogel (Flosshilde), Dresdner Festspielchor der Richard-Wagner-Akademie, Chor der KlangVerwaltung, Dresdner Festspielorchester et Concerto Köln
  • Lieu : Théâtre des Champs-Élysées
  • Dates : dimanche 13 septembre 2026, 17 h 00
  • Renseignements et réservations sur le site du Théâtre des Champs-Élysées

Inscrivez-vous à notre newsletter

Vous avez apprecié cet article ?

Chaque vendredi à 13h, recevez une sélection exigeante d’analyses et de recommandations autour de la musique classique.

Partagez cet article, choisissez votre plateforme!

Articles similaires