Kandinsky et la musique : quand les sons inventent la peinture abstraite

Par |Published On: 17 octobre 2025|

Le Musée national d’art moderne – Centre Pompidou et le Musée de la musique – Philharmonie de Paris ont réuni leurs talents pour présenter une remarquable exposition où se révèlent non seulement la passion mélomane du peintre mais aussi la façon dont la musique a pu guider son pinceau vers de nouvelles formes.

« La découverte des Meules de foin de Claude Monet et une représentation de Lohengrin de Richard Wagner au théâtre du Bolchoï en 1896 représentent deux chocs dans le parcours artistique de Kandinsky » explique Angela Lampe, conservatrice au Musée national d’art moderne-Centre Pompidou et commissaire avec Marie-Pauline Martin, directrice du Musée de la musique-Philharmonie de Paris, de l’événement. « Kandinsky comprend que la peinture peut avoir sa vie propre, dégagée de toute obligation d’imiter la nature et que la musique, art abstrait par nature, peut guider son travail ».

La musique des couleurs : un parcours immersif à la Philharmonie de Paris

Aussi l’exposition « Kandinsky, la musique des couleurs » débute-t-elle par ce Lohengrin, représenté par des esquisses et maquettes de décors de la fin du XIXe siècle mais aussi des dessins de costumes de Yánnis Kókkos pour la mise en scène de Jacques Lassalle à l’Opéra de Paris en 1982. Le prélude de l’opéra peut également être entendu par un système de casque sans fil qui accompagne le visiteur tout au long de son parcours lui permettant de découvrir l’univers musical d’un peintre hautement mélomane et même musicien. Une salle est ainsi consacrée à « La culture musicale du peintre » et permet de voir l’artiste avec son violoncelle, de compulser sa bibliothèque musicale (livres sur et partitions de Beethoven, Wagner, Schoenberg, les Ballets russes…) et sa discothèque de 78 tours. Citons Bach, Debussy et Stravinsky par Leopold Stokowski et l’Orchestre de Philadelphie ou le Concerto pour violon n° 1 de Prokofiev et des Chants populaires hongrois de Bartók par Joseph Szigeti.

De Schoenberg au Bauhaus : la musique comme structure du tableau

Si le parcours suit la chronologie, il se montre aussi thématique pour mieux comprendre comment la musique est devenue un modèle structurel, menant peu à peu à la « dissolution des formes » comme le rappelle Angela Lampe, depuis la découverte des œuvres atonales de Schoenberg en 1911 à Munich, compositeur qu’il fréquentera longtemps, jusqu’aux étonnantes dernières grandes Compositions des années parisiennes en passant par la période du Bauhaus. C’est d’ailleurs durant ces années 1920, en Allemagne, que Kandinsky conçoit un travail autour des Tableaux d’une exposition, série du peintre Viktor Hartmann pour laquelle Modeste Moussorgski a composé une suite pour piano. Il annote ainsi la partition de nombreuses indications et réalise d’impressionnantes aquarelles en vue d’un spectacle que le pianiste Mikhaïl Rudy, conseiller scientifique de l’exposition, avait entrepris de reconstituer et dont on voit plusieurs éléments.

Une scénographie sensorielle entre rêve et réflexion

Les tableaux de Kandinsky dialoguent en outre avec ceux d’Arnold Schoenberg, Vladimir Baranoff-Rossiné, Paul Klee, Auguste Macke ou František Kupka. Des animations et projections réalisent plusieurs séquences immersives à travers une scénographie soigneusement imaginée par Pascal Rodriguez, architecte-scénographe du Centre Pompidou. Cet échange constant entre l’œil et l’oreille invite autant au rêve qu’à la réflexion tout en approchant un artiste fascinant qui affirmait en 1914 : « Je ne veux pas peindre de la musique. Je ne veux pas peindre des états d’âme. Je souhaite uniquement peindre de bons tableaux, nécessaires et vivants ».

Informations pratiques

Philharmonie de Paris, jusqu’au 1er février 2026.

philharmoniedeparis.fr

À noter :

Le superbe catalogue, ouvrage collectif réunissant plusieurs compétences, admirablement mis en page, permet d’envisager la synthèse des arts selon Kandinsky.

Centre Pompidou-Philharmonie de Paris, 250 pages, 42 €.