Quand le grand instrument se déplace sans perdre de sa hauteur. Une réussite absolue.

Qui dit orgue dit église, dit soliste, dit masse. Il suffira d’une écoute du merveilleux programme élaboré par ce trio de jeunes et brillants musiciens, frais émoulus du Conservatoire de Paris, pour se départir de ces préjugés. Depuis l’Ancien Régime, l’orgue a été adopté, au même titre que le piano, comme protagoniste d’un riche répertoire chambriste servi par les plus grands. L’Andante pour violoncelle et orgue de Fauré témoigne de cette tradition bien ancrée.

L’orgue ne devra-t-il pas perdre sa grandeur pour ne pas encombrer l’espace intimiste du salon bourgeois? Pas du tout! La lignée directe et ininterrompue de compositeurs qui, de Dupré à Robin, ont enrichi le répertoire de musique de chambre avec orgue, ont mis un point d’honneur à exploiter toutes les possibilités de l’instrument. Et c’est cet équilibre délicat, d’un grand orgue symphonique comme celui de l’abbaye de Royaumont ou de Saint-Étienne-du-Mont dialoguant avec une flûte et un violoncelle, qui intrigue et qui subjugue.

Nul commentaire ne traduira mieux que l’écoute les immenses qualités musicales et techniques des interprètes. Dans Aïn Karim, une œuvre rhapsodique aux chaudes harmonies réconfortantes, nous succombons à la poésie rêveuse de Daniel Roth. Nous frémissons dans l’écoute inquiète de l’Intermezzo op. 17, un véritable poème symphonique, redoutable de virtuosité et de mise en place, très représentatif du style de Jean Guillou où la flûte et l’orgue défient dans leurs tapis harmoniques la loi de l’attraction universelle. Nous cédons aux développements motoriques et lyriques des Rouages du temps (création mondiale) de Jean-Baptiste Robin, qui présente ici le pendant chambriste de son Concerto pour orgue.

Nous saluons l’immense inspiration de Rolande Falcinelli, dont l’année 2020 a marqué le centenaire de la naissance et dont Kénose (premier enregistrement), pour violoncelle et orgue, nous porte à un sommet de tension dramatique qui annonce déjà bien des pages de Thierry Escaich. Une révélation !

« L’orgue chambriste »
« Du salon à la salle de concert »
Œuvres de Fauré, Widor
Dupré, Roth, Falcinelli,
Guillou, Robin

Quentin Guérillot (orgue),
Thibaut Reznicek (violoncelle),
Khrystyna Sarksyan (flûte).

Initiale INL07. 2020. 1 h05

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