Le Beethoven chaleureux et profond d’Imogen Cooper

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Published On: 13 mars 2026|
Temps de lecture : 3 minutes

Imogen Cooper signe un enregistrement lumineux des trois dernières sonates de Beethoven. Une lecture libre et profonde des opus 109, 110 et 111.

Pour ses adieux, Imogen Cooper enregistre les trois dernières sonates de Beethoven dont elle nous dit que, jusque très tard, elle n’avait fréquenté de près que la Sonate n° 31, op. 110. On imagine que cette ancienne élève d’Yvonne Lefébure au Conservatoire de Paris en avait entendu parler en classe, tant la pianiste française s’en était fait une spécialité. En plein cours, exaltée comme elle l’était, elle pouvait en effet se tourner vers ses élèves et leur lancer : « Beethoven ? C’est mon homme ! ». Sur le tard, la pianiste britannique s’est enfin colleté aux Variations Diabelli (Chandos, 2018), puis vers les intimidantes Sonates n° 30, op. 109, et n° 32, op. 111 qu’elle vient donc juste de publier.

Un son naturel, un piano qui rayonne et chante

Ce disque est merveilleux. D’abord parce qu’il délivre un son naturel qui implique l’auditeur dans l’écoute sans lui mettre le nez dans l’instrument ou au contraire trop l’en éloigner. Le piano rayonne, se déploie dans l’espace avec vraisemblance et la sonorité radieuse, chantante de Cooper s’impose sans aucune entrave et sans aigus cinglants, sans graves épais et glaiseux ni médiums claironnants. Ce naturel nous vaut d’entendre aux confins du silence un camion démarrer au commencement de la première fugue de l’opus 110, puis accélérer avant que le crescendo ne le recouvre… On l’entend rouler très loin dans la campagne dans laquelle est édifiée l’ancienne brasserie de Snape Maltings, devenue un centre commercial et culturel qui abrite aussi le Festival d’Aldeburgh si cher au souvenir du compositeur Benjamin Britten et de son compagnon le ténor Peter Pears.

Mais cela ne serait rien sans l’interprétation aussi précise et dominée que libre et fervente d’Imogen Cooper : tout est juste, évident, idéalement chanté et projeté dans l’imaginaire de l’auditeur auquel la pianiste n’impose ni un jeu intimidant, entre Beethoven par Rodin et plafond de la Chapelle Sixtine, ni un pensum conceptuel et réglé comme un papier à musique qui la retiendrait justement prisonnière de lignes trop droites.

Une interprétation libre et musicale

Non, ce Beethoven est libre, sensible et intelligent, intime et grandiose, chaleureux et profond. Il est bien lu et compris dans la profondeur d’un texte qui se suffit à lui-même pour atteindre cette abstraction, ce sentiment de quitter la terre qui avaient pu retenir Cooper de jouer les Sonates nos 30 et 32, intimidée comme d’autres ou victime, allez savoir, d’une éducation musicale qui interdit aux jeunes d’y toucher. Tempos, articulations, nuances, caractère sont toujours justes, toujours rendus avec l’élan et la fulgurance des réactions que les partitions exigent d’un interprète qui doit être aux aguets, s’écouter mais, plus encore, doit s’entendre.

On se demande quand même si Imogen Cooper ne devrait pas revenir encore en studio pour enregistrer quelques œuvres de Bach, car son jeu polyphonique est si exemplaire que tout au long de ces trois sonates sa main gauche chante, chante, chante comme un maître de chapelle… Qu’elle ne nous dise pas qu’elle ne fréquente pas Le Clavier bien tempéré, on ne la croirait pas.

Informations pratiques

  • Compositeur : Ludwig van Beethoven (1770-1827)
  • Œuvres : Sonates pour piano nos 30 à 32
  • Interprète : Imogen Cooper (piano)
  • Label : Chandos CHAN 20362 (1 CD)
  • Date d’enregistrement : 2025
  • Durée : 1 h 12 min

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