iFox import XML – Disque

Par |  

Published On: 27 septembre 2023|
Temps de lecture : 2 minutes

Le pianiste navigue avec impertinence entre les siècles et les univers, dans un dialogue éloquent, plein de verve et de réflexion.

Ludwig van Beethoven (1770-1827)

« Variation[s] » : Variations op. 34, op. 35 « Eroica », op. 76, Wo0 69, 70, 75 et 76. Œuvres de Mozart, Schumann et Webern

Cédric Tiberghien (piano)

Harmonia Mundi HMM 902433.34 (2 CD).

2022. 2 H 10 MIN

Quand on passe des variations de Beethoven à celles de Schumann – composées sur un thème de la Symphonie n° 7 –qui ouvrent le second CD, on est immédiatement plongé dans un autre siècle et notre rapport à l’interprétation change. Grâces soient rendues à Cédric Tiberghien qui évolue idéalement entre un univers où dominent les articulations, les rapports de tonalités, le jeu intellectuel et le rêve schumannien qui bégaie autant qu’il est aphoristique ou hagard. Il faut pouvoir être pertinent en chaque seconde dans les deux cycles de Schumann réunis ici (WoO 24 et 31) qui partent dans tous les sens. De la même manière, il avait fallu être mutin et plein d’esprit, avoir une « conversation » pleine de verve et de réflexion avec le texte dans les « Eroica » de Beethoven – un Beethoven en équilibre entre le classicisme viennois hérité du baroque et l’expérimentation, l’incursion dans l’indicible de l’âme humaine. Enfin, il faut être naturel et « parlant » dans les Variations, op. 27 de Webern. Et Tiberghien l’est !
Sans rien renier de l’intégrité avec laquelle il a toujours fait de la musique, Tiberghien a acquis avec les années ce soupçon de liberté qui lui manquait parfois. Son jeu s’est élargi, sa sonorité s’est épanouie, sa technique s’est magnifiée au point qu’il capte immédiatement et retient l’attention de l’auditeur. Son éloquence subtile fait découvrir de nouveaux détails, de nouvelles nuances, une nouvelle façon d’entendre ces interprétations, à chaque écoute. Lui ne change pas, nous si. Il a l’élégance de tout dire sans rien appuyer, sorte de Pierre Monteux du piano. Mais qu’il lui faille remonter les manches pour en découdre et en un éclair la foudre frappe. Ces cahiers de variations en témoignent, autant que ses Bartók chez Hyperion et tout récemment de splendides concertos de Ravel avec François Xavier Roth, enregistrés sur un Pleyel plus que centenaire à la sonorité splendide – mais modifiée par l’emploi d’une mécanique moderne –, chez Harmonia Mundi.
On est pressé d’entendre les volumes suivants, puisque Cédric Tiberghien annonce qu’il va nous faire voyager de Sweelinck à Kurtág, dans six programmes bâtis autour de la variation. Cet album de deux disques est enregistré avec un grand soin sur un Steinway bien réglé, mais certains auditeurs remarqueront qu’on entend au loin l’air conditionné du Théâtre de Poitiers où il a été capté.

Partagez cet article, choisissez votre plateforme!

Articles similaires