Haydn et la fête sous le deuil

Published On: 26 juin 2026|
Temps de lecture : 3 minutes

À partir de la Symphonie « funèbre », Giovanni Antonini construit un programme placé sous le thème du deuil, de Samuel Scheidt à Arvo Pärt. Mais, avec Il Giardino Armonico, il présente un Haydn incandescent, théâtral et intensément vivant.


Trauer (deuil, tristesse), parce que figure au programme la Trauersymphonie, c’est-à-dire la Symphonie n° 44 « Funèbre ». La photo de couverture réunit ainsi deux chaises usées et vides : celles de ceux qui ont définitivement disparu ? Peut-être. Peu importe que le titre soit apocryphe et que les photos intérieures suggèrent aussi la douleur, le tumulte et la séparation. Sturm und Drang (« Tempête et élan ») aurait été plus approprié, mais plus vague car applicable à d’autres symphonies de Haydn, comme cette Symphonie n° 52 également à l’affiche de ce disque : toutes deux choisissent certes une tonalité mineure mais, plus qu’un climat de désolation, elles partagent une fièvre, une passion et une énergie communes. Giovanni Antonini concède d’ailleurs dans son texte de présentation un « caractère […] fort peu funèbre » à la Symphonie n° 44.

Pas très funèbre

Le caractère funèbre sera donc un point de départ plus qu’un trait d’union entre les œuvres de ce programme singulier. Entre les symphonies de Haydn se glissent Paduana Dolorosa à 4 voci de Samuel Scheidt (1587-1654), « publiée peu après le début de la meurtrière guerre de Trente Ans, en 1621 », et le Da pacem Domine d’Arvo Pärt (né en 1935), « dédié à la mémoire des victimes des attentats terroristes islamistes de 2004 dans des trains de banlieue de Madrid », poursuit Giovanni Antonini. Ces deux pages installent une respiration et profitent d’une interprétation à la sobriété et à la ferveur attendues.

Si le programme peut sembler bancal, il tient parfaitement debout grâce à l’engagement phénoménal d’Il Giardino Armonico. Quarante ans après sa fondation, l’ensemble conserve son identité sonore faite d’attaques mordantes, de phrasés creusés, de contrastes dynamiques exacerbés et d’un sens aigu du théâtre instrumental. Difficile de ne pas penser à Harnoncourt qui, on le sait, influença la génération d’Antonini.

Quel plaisir d’entendre un Haydn qui vit, respire, surprend, sourit ! Les silences deviennent des événements, les syncopes des coups de théâtre, les changements d’humeur des retournements de scène.

Haydn à la fête

Dans la Symphonie n° 44, Giovanni Antonini préfère logiquement à une déploration de façade une vigueur conquérante, dès l’Allegro con brio. Les réapparitions régulières de l’unisson, comminatoire, du premier thème connaissent de réjouissantes élaborations que colorent des cors espiègles. La même détermination conduit le canon, discrètement chaloupé, du menuet et le monothématisme obsédant du finale. Entre ces deux mouvements, Giovanni Antonini et Il Giardino Armonico déploient des trésors de tendresse et de délicatesse dans un Adagio qui n’a, en effet, rien de funèbre.

Les mêmes commentaires s’appliquent à la grisante Symphonie n° 52, ponctuée de brusques volte-face et de saisissants contrastes, dans laquelle les vitamines ne constituent pas le seul bagage d’Antonini et de ses musiciens : il suffit d’écouter comment ils maîtrisent le temps et animent les dix minutes de l’Andante. Ils supplantent dans ces deux symphonies les versions pourtant très convaincantes de Trevor Pinnock (Archiv Produktion, 1988-1989) et Bruno Weil (Sony Classical, 1992).

La Symphonie n° 108, plus détendue, plus brève et plus lumineuse que les deux autres, permet à l’orchestre de jouer de la légèreté des textures, d’établir de savoureux dialogues entre les pupitres et de déployer d’élégants phrasés (l’Andante).

On remplacera donc bien volontiers le f de funèbre par celui de fête.

Informations pratiques

  • Titre : Trauer
  • Compositeur : Joseph Haydn (1732-1809)
  • Œuvres : Symphonies nos 44 « Funèbre », 52 et 108
  • Interprètes : Il Giardino Armonico, Giovanni Antonini (direction)
  • Label : Alpha Classics 1101 (1 CD)
  • Date d’enregistrement : 2023
  • Durée : 1 h 18 min

 

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