Haut les chœurs au Festival Via Aeterna
La septième édition du Festival Via Aeterna a, une nouvelle fois, tenu toutes ses promesses.

Crédit photo : Christian Laye
Au terme d’une dizaine de jours qui ont irrigué musicalement le Mont Saint-Michel, sa baie et le département de la Manche, le Festival Via Aeterna s’achève par une journée concentrée dans le célèbre îlot. Le réfectoire des moines accueille le Chœur Label Diva de Pauline Court pour un programme associant le chant traditionnel (letton, croate, estonien, finlandais, hongrois, islandais), des partitions contemporaines (Ubi Caritas d’Ola Gjeilo, Sans paroles de Meredith Monk, La Jeune Fille en feu de Para Ome et Arthur Simonini, un extrait du Magnificat d’Urmas Sisask…) et des pièces de Purcell (extrait de The Fairy Queen) ou de John Jenkins (épatant Exsultate Jubilate datant du mitan du XVIIe siècle). La scénographie inventive de Samuel Decoux permet aux chanteurs, par des changements de places savamment orchestrés, d’être mis individuellement en valeur, et les volutes des voix se répandent tel un filtre sonore dans une salle à l’acoustique idéale. Hommage ensuite à l’Italie baroque sublimée par l’interprétation sensible de l’Ensemble La Chimera emmené avec virtuosité par Eduardo Egüez également au théorbe et à la guitare. Des compositeurs tels Ferrari, Caccini, Strozzi, Mazzocchi et Monteverdi bénéficient de la participation de la soprano Céline Scheen à la voix diaphane soutenue par la viole de gambe de Carolina Egüez, la harpe de Carlotta Pupulin- Egüez ou le violon de Sabina Colonna Preti.
À l’heure du goûter, dans l’église abbatiale, l’Ensemble Aedes conduit avec souplesse et empathie par Mathieu Romano rend hommage au « Bach immortel » et à son influence sur Duruflé (Quatre motets sur des thèmes grégoriens op. 10), Mendelssohn (poignant Herr, nun lässest du deinen Diener in Frieden fahren op. 69 n°1), Sven-David Sandström (très beau Es ist genug) ou Klut Nystedt (Immortal Bach). Après le Prélude de la Suite n°1 pour violoncelle rjoué avec fluidité à la viole de gambe par Etienne Floutier, conclusion en majesté par le motet Jesu, meine Freude aux entrelacs polyphoniques savamment distillés.
À l’approche du soir, le prestigieux Chœur Philharmonique de Tokyo dirigé avec autorité par le jeune et précis chef Hiroyuki Mito parcourt tout un pan de l’histoire de la musique chorale occidentale depuis Janequin (Le Chant des oiseaux), Lassus (L’Echo), Ravel (transcription de La Vallée des cloches) ou Barber (le célèbre Adagio dans sa version pour chœur). La musique nippone avait évidemment droit de cité : Takemitsu, Shibata et Miyoshi sont convoqués, tandis que les jeux d’éventails gracieux des femmes et les déplacements ludiques de chaque musicien apportent une note festive et théâtrale appréciée par un public venu nombreux assister à cet événement.