Découvrir Korngold 10 œuvres essentielles
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Découvrir l’univers d’Erich Wolfgang Korngold, en 10 œuvres, de l’enfant prodige viennois au compositeur symphonique de l’après-guerre, en passant par le maître d’Hollywood.
1. La Ville morte (Die tote Stadt) : « Glück, das mir verblieb » (Marietta’s Lied)
Présentation : C’est sans doute l’air le plus célèbre de Korngold, extrait de son opéra triomphal de 1920. C’est un duo (souvent chanté en solo au concert) d’une beauté mélodique envoûtante, où le personnage de Paul demande à Marietta de chanter une chanson d’amour triste.
Pourquoi ce choix : C’est la porte d’entrée idéale. Cette mélodie incarne le génie mélodique de Korngold et son style postromantique luxuriant, héritier de Puccini et Strauss.
Version recommandée : L’air seul par la soprano Renée Fleming avec l’English Chamber Orchestra et Jeffrey Tate (Decca, 1998) pour la sensualité de l’interprétation ou la version intégrale historique dirigée par Erich Leinsdorf, à Munich, avec Carol Neblett dans le rôle de Marietta et René Kollo dans celui de Paul (RCA, 1975).
2. Sinfonietta en si majeur, op. 5 : Fliessend, mit heiterem Schwunge (premier mouvement)
Présentation : Une œuvre orchestrale foisonnante composée alors que Korngold n’avait que 15 ans ! Elle témoigne d’une maîtrise orchestrale stupéfiante qui avait ébahi Richard Strauss et Sibelius.
Pourquoi ce choix : Pour mesurer l’incroyable précocité du « Wunderkind » (l’enfant prodige). On y entend déjà son motif signature du « cœur joyeux » (quarte et quinte ascendantes).
Version recommandée : Werner Andreas Albert et la Nordwestdeutsche Philharmonie (CPO, 1990), qui ont réalisé une anthologie en quatre CD de la musique orchestrale de Korngold, soignent autant la ligne que les couleurs.
3. Trio pour piano, violon et violoncelle en ré majeur, op. 1 : Larghetto. Sehr Langsam (troisième mouvement)
Présentation : L’œuvre officielle « opus 1 » de Korngold, composée à l’âge de 12 ans. Lors de sa création, elle a stupéfié le public viennois par sa maturité.
Pourquoi ce choix : Pour découvrir le Korngold intimiste et chambriste. Il est fascinant de réaliser qu’un enfant de 12 ans a écrit une musique d’une telle profondeur émotionnelle.
Version recommandée : Le Beaux Arts Trio (Philips, 1990) prête idéalement à ce post-romantisme tourmenté une sonorité capiteuse et des couleurs moirées.
4. Les Aventures de Robin des Bois (The Adventures of Robin Hood) : Générique de début. Combat.
Présentation : La musique oscarisée de ce film de 1938 est considérée comme l’archétype du film de cape et d’épée (swashbuckler). Korngold y déploie une écriture symphonique complexe, utilisant des leitmotive comme dans un opéra. On entend ce que John Williams en retiendra.
Pourquoi ce choix : C’est l’œuvre qui lui a sauvé la vie (en le retenant aux États-Unis lors de l’Anschluss) et qui a défini le « son » d’Hollywood. L’énergie des cuivres et la richesse orchestrale y sont irrésistibles.
Versions recommandées : John Wilson et son orchestre (en concert, en 2013, aux BBC Proms, sur internet) pour retrouver l’éclat original des orchestrations, ou l’enregistrement de Charles Gerhardt, avec le National Philharmonic Orchestra (Sony Classical, 1974), grand maître de la musique de film.
5. Crimes sans châtiment (Kings Row) : Générique de début
Présentation : Une fanfare héroïque et majestueuse composée pour un mélodrame sombre de 1942… avec Ronald Reagan.
Pourquoi ce choix : C’est le morceau indispensable pour comprendre l’héritage de Korngold dans le cinéma moderne. John Williams s’en est très fortement inspiré pour le thème principal de Star Wars. La ressemblance dans les premières mesures est frappante.
Version recommandée : À nouveau, Charles Gerhardt et le National Philharmonic Orchestra (RCA, 1972) dans la série qui a relancé la « Korngold Renaissance » dans les années 1970.
6. Concerto pour violon en ré majeur, op. 35 : Moderato nobile (premier mouvement)
Présentation : Composé en 1945 pour le légendaire Jascha Heifetz, ce concerto est l’œuvre de concert la plus jouée de Korngold. Il puise ses thèmes directement dans ses musiques de film, notamment La Tornade (Another Dawn) et Juarez de William Dieterle.
Pourquoi ce choix : Il symbolise le pont parfait entre Vienne et Hollywood. Longtemps critiqué comme un « concerto d’Hollywood » par les puristes, il est aujourd’hui reconnu comme un chef-d’œuvre de virtuosité et de lyrisme.
Versions recommandées : Jascha Heifetz, avec l’Orchestre philharmonique de Los Angeles dirigé par Alfred Wallenstein (RCA, 1953), dont la virtuosité légendaire s’accompagne d’un engagement en faveur d’une œuvre qu’il créa (en 1947) et défendit à contre-courant d’une critique alors largement hostile. On peut aussi écouter Gil Shaham, avec l’Orchestre symphonique de Londres et André Previn, d’un raffinement supérieur (Deutsche Grammophon, 1993).
7. L’Aigle des mers (The Sea Hawk) : Générique de début.
Présentation : Une ouverture pétaradante pour ce film de pirates de 1940. C’est l’exemple parfait du style Korngold : une fanfare de cuivres suivie immédiatement d’un thème de cordes langoureux.
Pourquoi ce choix : Pour entendre ce « symphonisme rutilant » qui faisait dire aux critiques qu’il écrivait des « opéras sans paroles » pour l’écran.
Version recommandée : André Previn avec l’Orchestre symphonique de Londres dans un somptueux programme de musiques de film de Korngold (Deutsche Grammophon, 2001).
8. Le Miracle d’Héliane (Das Wunder der Heliane) : « Ich ging zu ihm »
Présentation : Un air d’une grande intensité dramatique extrait de son quatrième opéra (1927), mystique et sensuel, que Korngold considérait comme son chef-d’œuvre.
Pourquoi ce choix : Pour découvrir la facette la plus ambitieuse et « moderne » de Korngold, flirtant avec les limites de la tonalité, juste avant son départ pour l’Amérique.
Version recommandée : L’enregistrement dirigé, à Berlin, par John Mauceri dans la précieuse collection « Entartete Musik » révèle la beauté envoûtante de cette musique et profite d’une Anna Tomowa-Sintow radieuse dans le rôle-titre.
9. Symphonie en fa dièse majeur, op. 40 : Scherzo (deuxième mouvement)
Présentation : Son ultime testament symphonique (1952), une œuvre sombre et puissante. Le Scherzo est particulièrement rythmé et cite un thème du film Juarez. D’autres mouvements font référence à Kings Row et à La Vie privée d’Élisabeth d’Angleterre (The Private Lives of Elizabeth and Essex).
Pourquoi ce choix : Pour comprendre la tragédie de sa fin de vie : une œuvre magistrale, rejetée lors de sa création à Vienne en 1954, car jugée « démodée », et que le compositeur n’entendit jamais rejouée de son vivant.
Version recommandée : Une fois encore, André Previn, avec l’Orchestre symphonique de Londres, défend cette musique avec autant de panache que de subtilité (Deutsche Grammophon, 1996).
10. Chants d’adieu (Lieder des Abschieds), op. 14 : « Sterbelied »
Présentation : Tout au long de sa vie, Korngold a composé des cycles de mélodies où s’expriment autant son génie mélodique que sa science harmonique. Contemporain de La Ville morte, ce cycle de quatre Chants d’adieu (1920-1921) en offre un parfait exemple.
Pourquoi ce choix : La première de ces mélodies, « Chant funèbre », se montre d’une grave et douloureuse intensité.
Version recommandée : La mezzo-soprano Anne Sofie von Otter, admirable diseuse, en dialogue avec le piano de Bengt Forsberg, y déploie mille couleurs et nuances dans une atmosphère raréfiée (Deutsche Grammophon, 1993).





