L’Opéra national du Rhin exhume l’œuvre d’Albéric Magnard, le héros retrouvant sa « passion de vivre » en Stéphane Degout.

« Vivre ! Qui peut me restituer la passion de vivre ? » Dans un au-delà nimbé d’une clarté lunaire, un cri s’élève. C’est Guercœur, emporté par la mort au sommet de sa gloire, implorant qu’on lui rende son enveloppe charnelle. Mais tandis qu’en ce jardin des délices, temps et espace sont abolis, deux années se sont déjà écoulées sur Terre où rien ne dure…
Guercœur, opéra en trois actes, est achevé en 1901 mais n’est créé dans son intégralité qu’en 1931 à l’Opéra de Paris, soit dix-sept ans après la mort de son auteur, Albéric Magnard (1865-1914), tué en tentant de repousser seul des soldats allemands. En représailles, ces derniers brûlent sa maison, détruisant une grande partie de ses manuscrits dont celui de Guercœur. L’orchestration de l’ouvrage sera restaurée grâce à Guy Ropartz.
Aujourd’hui, avec le concours d’Ingo Metzmacher, de Christof Loy et de Stéphane Degout, le chef-d’œuvre redescend sur les terres de la scène lyrique française, une première depuis sa création.

Degout

Stéphane Degout
Crédit photo : Jean-Baptiste Millot

Rareté absolue du répertoire

Séduit par l’enregistrement de Michel Plasson (1986), Stéphane Degout accepte de se lancer dans l’aventure de la nouvelle production de l’Opéra national du Rhin. Alors que la pièce est une rareté absolue du répertoire lyrique, le baryton évoque pour nous la problématique « résurrection » de Guercœur, un héros longtemps oublié :

« Connaissant les répertoires de José van Dam [dans l’enregistrement de Michel Plasson] et d’Arthur Endrèze [lors de la création en 1931], je m’attendais à une écriture plus centrale, plus lourde et charnue, mais je constate en travaillant à la préparation du rôle que c’est très aigu et parfois même assez vaillant. D’autres enregistrements, pour la radio dans les années 1950, ont été faits avec une distribution plus légère (Bernard Demigny en Guercœur). Il est difficile de savoir quel type de voix, ou quel chanteur en particulier Magnard avait en tête quand il a composé son opéra. Maintenant que je suis au travail sur la partition, j’essaie d’oublier ce que j’ai entendu pour prendre possession de cette musique. C’est une sorte de création, ou de redécouverte. Je tâcherai d’être le plus près possible de la partition. »

Que l’œuvre ait été si peu jouée est pour lui un avantage pour interpréter son rôle : « peu de couches de différentes interprétations [sont] à effacer pour se faire une idée ».

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