Les paysages intérieurs de Gabriel Dupont
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La pianiste Natacha Melkonian nous invite à visiter La Maison dans les dunes et à redécouvrir la musique subtile et sensuelle, mais encore trop peu entendue, de Gabriel Dupont, contemporain de Ravel et de Caplet.
Gabriel Dupont est mort à 36 ans, le jour même où était décrétée la mobilisation générale de ce qui deviendrait la Première Guerre mondiale. Sans doute trop tôt pour que la postérité lui conserve l’admiration qu’il avait reçue de son vivant. Il commence enfin à être reconnu — au disque du moins mais guère au concert — comme l’un des compositeurs les plus attachants de son époque. L’année dernière paraissait l’admirable intégrale des mélodies signée Cyrille Dubois (Aparté, 2023) ; le répertoire orchestral avait déjà été exploré par Patrick Davin (Fuga Libera, 2018) ; la musique de chambre, par Marie-Catherine Girod avec le Quatuor Pražák (Mirare, 2013).
La Maison dans les dunes et les impressions de la nature
Si les opéras ou la musique d’orgue n’ont été qu’à peine effleurés, le clavier a servi de levier pour la redécouverte de Dupont dès 1997 avec la parution du premier enregistrement mondial de La Maison dans les dunes par Marie-Catherine Girod (3D Classics, réédition Mirare). Écrit entre 1907 et 1909, il s’agit du second cycle pianistique du compositeur après Les Heures dolentes de 1903-1905. Tous deux accompagnèrent le chemin de souffrance du jeune homme rongé par la tuberculose. L’un apparaît comme le journal de chambre d’un malade attentif à chaque événement ; l’autre, qui nous occupe, nourrit une espérance illuminée par la contemplation de la nature au cours de sa convalescence au Cap-Ferret.
Au carrefour des influences musicales françaises
Les dix pièces de cette fresque marine concentrent toutes les qualités du musicien. Parcourues de tournures évoquant Franck ou Widor, avec une subtilité rythmique et une sensualité harmonique qui n’ont rien à envier à Fauré ou Debussy, elles s’inscrivent parmi les chefs-d’œuvre de la musique française. Vladimir Jankélévitch a écrit à propos de Dupont que « cet impressionniste était une grande âme romantique et passionnée ». On l’entend ici.
Natacha Melkonian entre naturel et intensité
En prolongeant une discographie désormais riche d’une dizaine de versions, Natacha Melkonian fait jeu égal avec nos deux interprètes préférés : Émile Naoumoff (Saphir Productions, 2004) et Marie-Catherine Girod (Mirare, 1997). Dans des tempos larges, quelquefois un peu trop (« Le Soir dans les pins ») mais toujours habités, l’ancienne disciple d’Anne Queffélec appréhende l’intimisme (« Mélancolie du bonheur ») et le lyrisme (« La Maison du souvenir ») de la musique avec le même naturel et la même intensité que ses éclaboussures scintillantes (« Le Soleil se joue dans les vagues ») ou ses fracas exaspérés (« Houles »). Partout, le superbe instrument de Stephen Paulello, très finement capté, permet à la pianiste de sculpter une matière dense et dynamique dans des plans sonores clairement étagés.
Bien que privé de sa parure orchestrale, le Prélude à l’après-midi d’un faune dans la transcription pour piano seul de Leonard Borwick propose une voluptueuse introduction au caractère panthéiste du programme. Enfin, précisons que les trois plages finales titrées « Correspondances » sont des textes écrits par Dupont et récités par une Natacha Melkonian également comédienne.
Informations pratiques
- Compositeur : Gabriel Dupont (1878-1914)
- Œuvres : La Maison dans les dunes ; Claude Debussy (1862-1918) : Prélude à l’après-midi d’un faune
- Interprète : Natacha Melkonian (piano)
- Label : Indésens Calliope IC076 (1 CD)
- Date d’enregistrement : 2024
- Durée : 1 h 08 min
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