Spectacle accéléré de la condition humaine, Sadeh21 de Naharin éveille des sentiments intenses.

On s’attire, on se rencontre, on s’unit, on se dissocie… La vie des humains pourrait se résumer à cela : une série de séquences erratiques où chacun s’agite en vain, ballotté par le hasard comme une particule dans le bouillonnement des atomes, soumis à un destin incontrôlable.
Dans une œuvre explosive intitulée Sadeh21 («champ» en hébreu) présentée au palais Garnier par la troupe de l’Opéra de Paris, le chorégraphe Ohad Naharin décline ainsi vingt-et-un tableaux comme autant de fragments de nos existences, autant de « champs » différents.

Saddeh21 ©YONATHAN KELLERMAN

Crédit photo : Yonathan Kellerman

La gestuelle, fondée sur sa technique libératrice qui fait désormais école, se déroule entre trois murs sobres. Pas de fioritures ni contexte narratif. Par quel mystère alors ce tourbillon fou parvient-il à éveiller en nous de tels sentiments ? Comment des mouvements en apparence abstraits peuvent-ils se révéler aussi signifiants ? Dans ces questions, il y a toute la magie de la danse, et l’immense talent d’un créateur hors norme. Les personnages se succèdent, développant d’abord des solos furieux, bras élancés, comme foudroyés, métaphore peut-être de nos affres intimes. Puis les danseurs se multiplient, voilà des duos virtuoses, des lignes qui s’assemblent, une ronde qui s’esquisse…

Sur une partition de Naharin lui-même, les gestes des danseurs, torsions, sauts, agissent comme des flashs évocateurs d’émotion. Solitude, désir, violence… Un homme bondit à quatre pattes comme un animal, écho de nos lointaines origines; une jeune fille à terre entre en pulsations inquiétantes devant des mâles impassibles, évocation évidente de la souffrance féminine; des cris parviennent d’on ne sait où, éveillant l’idée d’un terrible drame…
Et puis, cette scène inouïe, ces êtres qui surgissent en haut du mur, se dressent un moment en équilibre et retombent en arrière dans l’inconnu d’où ils sont venus. Le public de Garnier se fige, happé par cette esthétique qui, selon nos humeurs, nous dit le tragique du monde ou l’espoir de repartir vers un avenir meilleur. En une heure quinze, on assiste au spectacle accéléré de la condition humaine et on entrevoit un peu de la substance de nos propres vies.

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Ohad Naharin