Floridante de Haendel à Bayreuth : le pays du mourir
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Rarement représenté, Floridante offre pourtant de beaux moments musicaux dans une intrigue souvent sombre. Pour le festival Bayreuth Baroque, Max Emanuel Cencic transpose l’opéra dans un univers inspiré de Jane Austen, entre élégance néoclassique, violence et faux-semblants.
Contrairement à Ariodante, opéra de Haendel des plus joués et des plus enregistrés, Floridante (1721), antérieur d’une quinzaine d’années, peine à se faire entendre. Malgré la popularité de l’air « Alma mia » (qu’ont même gravé Lily Pons et Gérard Souzay !), il reste suffisamment peu donné pour avoir été mis à l’affiche de la septième édition du festival Bayreuth Baroque, spécialisé dans les raretés.
Pour le mettre en scène, Max Emanuel Cencic a songé aux romans de Jane Austen : deux sœurs aussi différentes que les héroïnes de Raison et sentiments, dont l’une est courtisée par un vaillant officier comme dans Persuasion, leurs amours étant sérieusement contrariées… Cela nous vaut un beau décor néoclassique en mutation constante et de jolis costumes, mais l’intrigue n’en est pas moins beaucoup plus sombre que celle d’Orgueil et préjugés, avec un roi tyrannique, incarcération abusive et un double empoisonnement évité in extremis.
Entre tragique et comique
On meurt beaucoup dans Floridante, ou du moins on y fait croire que certains sont morts, et les spectateurs pensent aussi voir mourir les héros. Curieusement, au couple tragique répond un couple comique, comme dans Le Pays du sourire. Mais la partition ne parvient pas à offrir cette enfilade de « tubes » que l’on attend des meilleurs Haendel : l’inspiration se montre en effet inégale, malgré quelques très beaux moments.
L’un de ces sommets est le duo « Ah, mia cara », qui unit Floridante à sa promise Elmira, mais les héros se font un peu voler la vedette par le couple « léger », qui a également droit à son duo, et qui bénéficie de l’interprétation particulièrement brillante du vibrionnant Bruno de Sá, grand habitué du festival, et de la piquante Eva Zalenga.
La virtuosité de Max Emanuel Cencic
Face à ce pétillant tandem, la mezzo Sonja Runje prête à Elmira un timbre sombre et néanmoins agile. Son jeu est convaincant, mais son chant ne dégage pas toute l’émotion nécessaire pour que le public soit vraiment touché, alors même que la production lui fait subir des viols répétés par son ancien père adoptif.
Max Emanuel Cencic trouve dans le rôle-titre un personnage à sa mesure, et si la voix n’a plus tout à fait le brillant d’autrefois, elle n’a rien perdu de sa virtuosité, et l’artiste tire le meilleur parti d’airs comme « Alma mia », mentionné plus haut, ou « Se dolce m’era già ». La distribution est complétée par deux voix graves, celles de Yannis François et de Gerrit Illenberger, qui doivent tous deux attendre le dernier acte pour avoir réellement l’occasion de briller.
La direction orchestrale souple de Markellos Chryssicos
Dans la fosse, le chef et claveciniste Markellos Chryssicos dirige avec une belle souplesse l’Orchestre baroque de Wrocław, en résidence à Bayreuth cette année. Le chœur du festival, jusque-là réduit à la figuration muette, intervient dans les dernières minutes pour un finale plus développé qu’à l’accoutumée. Le spectacle sera repris en mars prochain à l’Opéra de Karlsruhe.
Bayreuth, Opéra des Margraves, vendredi 4 septembre 2026.
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