L’univers sonore de l’œuvre pour orgue de Felix Mendelssohn est un sujet inépuisable. Brillant organiste, Mendelssohn toucha principalement en Allemagne des instruments anciens. Mais c’est pour le marché britannique qu’il composa ses six sonates. Elles reflètent si parfaitement l’écriture orchestrale et pianistique du compositeur qu’il conviendrait de les aborder libérées de toute contingence instrumentale pour mieux en refléter l’esprit. C’est ce que propose Nicolas Bucher avec cette interprétation de haut vol, enregistrée sur le somptueux Cavaillé-Coll de Saint-Omer. Le choix de ce modèle de transition, encore tributaire de l’idéal sonore du XVIIIe siècle et déjà porteur de l’univers romantique, dresse, en soi, un fidèle portrait du compositeur. La truculence des anches (Sonate n° 3), le moelleux et la grande diversité des fonds (Adagio de la Sonate n° 1), la rondeur des solistes (Adagio de la Sonate n° 2) se prêtent par ailleurs parfaitement à une interprétation pleine de panache et de tendresse, qui fait de chaque sonate une véritable symphonie. Dans les textures médianes, pour lesquelles les sonates sont écrites, les orgues de Cavaillé-Coll peuvent aisément s’empâter. La registration très intelligente, tirant vers les aigus avec un usage équilibré des anches, ainsi que la retenue relative du mouvement dans les tempos les plus rapides assurent ici une parfaite lisibilité au texte. Le rubato très juste de l’interprète lui apporte sa dramaturgie. L’on admirera à cet égard l’Allegro de la Sonate n° 1accelerandos et ritenutos, non indiqués par le compositeur, exaltent la fougue altière de l’auteur des Hébrides.