Fan des sixties ! Un legs discographique à réévaluer

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Published On: 17 octobre 2025|
Temps de lecture : 3 minutes

Souvent reléguées – à tort – au rang d’épisode mineur de l’immense aventure discographique d’Eugene Ormandy, les sessions Columbia des sixties révèlent un orchestre au sommet de sa gloire et un chef plus subtil qu’on ne l’a dit. Entre faste orchestral et curiosité répertoire, un legs à redécouvrir salué d’un Choc Classica.

Les bornes chronologiques de cette Columbia Stereo Collection (1964-1983) se réfèrent aux années de parution des disques et non aux années d’enregistrement. Elles remontent en effet à 1958 et ne dépassent pas la mi-mai 1968, à l’exception d’un Concerto pour violon de Sibelius avec Isaac Stern en 1969.

Et après avoir réintégré RCA, le label de sa jeunesse, entre fin mai 1968 et décembre 1980, Eugene Ormandy (1899-1985) reviendra chez CBS une toute dernière fois, après un détour par EMI, Telarc et Delos, pour enregistrer en mai 1982 des concertos pour violoncelle de Chostakovitch et de Kabalevski avec Yo-Yo Ma (CD 93).

Des prises de son qui restituent la somptuosité de l’Orchestre de Philadelphie

L’essentiel de ce troisième gros coffret Ormandy se concentre donc sur les années 1960, parfois considérées comme une période creuse de sa très prolifique discographie. Cette (mauvaise) réputation est-elle justifiée ? Pas vraiment. Tout d’abord grâce aux progrès des prises de son qui renforcent la magnificence d’un Orchestre de Philadelphie en majesté, riche des plus belles cordes du monde, de cuivres puissants mais jamais clinquants et de bois toujours caractérisés. Le phénomène est palpable dans certaines pièces courtes (Marche militaire française de Saint-Saëns, Vitraux d’église de Respighi, Danse des heures de Ponchielli…), mais aussi dans les seules symphonies de Nielsen (nos 1 et 6) que le chef a confiées au disque.

Certes, les Richard Strauss et les pièces chorales ne s’imposent guère, hormis Le Christ au Mont des Oliviers de Beethoven et les Catulli Carmina de Carl Orff. On peut juger aussi que les remakes de certains concertos ne sont pas du même niveau – Eugene Istomin n’étant pas exactement de la même trempe qu’un Rudolf Serkin –, mais on jubile à observer comment Ormandy module son accompagnement en fonction de ses solistes. Sans compter qu’on trouve ici nombre de prises enthousiasmantes, comme les crépitants Concertos nos 2 et 3 de Tchaïkovski avec Gary Graffman, le Triple Concerto de Beethoven avec Stern, Rose et Istomin, les deux concertos pour violon de Prokofiev avec Stern ou le Capriccio brillant de Mendelssohn avec Serkin, entre autres merveilles de l’histoire du disque.

De Beethoven à Bartók : la palette Ormandy

C’est aussi dans cette boîte que se trouvent les intégrales des symphonies de Beethoven et de Brahms, auxquelles on a presque toujours préféré les versions contemporaines de George Szell à Cleveland, plus rigoureusement dessinées, quand Ormandy s’octroie une respiration (un fléchissement diront certains dans Beethoven), une ampleur (dans Brahms surtout) susceptibles d’avoir des adeptes.

Le chef sert toujours magistralement les répertoires colorés de l’ancien Empire austro-hongrois. Ses Bartók (Le Mandarin merveilleux, Divertimento pour cordes, Concerto pour orchestre) ont tout aussi fière allure que ses Kodály (Háry János, Danses de Galánta, Danses de Marosszék).  Sa Symphonie « du Nouveau Monde » de Dvořák avec l’Orchestre symphonique de Londres, seule infidélité à Philadelphie, reste d’une rare éloquence.

N’oublions pas, bien sûr, la musique russe : Le Lieutenant Kijé et L’Amour des trois oranges de Prokofiev, la première gravure stéréo, très fiévreuse, de la Symphonie n° 1 de Rachmaninov, la profusion de timbres des Tableaux d’une exposition de Moussorgski et une Symphonie n° 10 de Chostakovitch qui n’a rien d’un médiocre ersatz occidental.

Les audaces modernes d’un chef classique

 Applaudissons enfin les incursions dans la modernité avec Hindemith (Mathis le peintre et Métamorphoses symphoniques), de la Seconde École de Vienne (une suite de Lulu de Berg très carrée, un Im Sommerwind de Webern au raffinement coloriste incomparable) ou de Mahler (le premier enregistrement mondial de la Symphonie n° 10 achevée ou un Chant de la terre à réévaluer, où Lili Chookasian fait preuve de distinction et de legato), et piaffons d’impatience en attendant l’ultime coffret consacré aux années 1970 chez RCA.

Informations pratiques

  • Compositeur : Bach, Beethoven, Bartók, Brahms, Dvořák, Kodály, Mahler, Prokofiev, R. Strauss, Wagner…
  • Album : Eugene Ormandy – The Philadelphia Orchestra – The Columbia Stereo Collection (1964-1983)
  • Œuvres : voir texte
  • Interprètes : Isaac Stern (violon), Leonard Rose, Yo-yo Ma (violoncelle), Philippe Entremont, Gary Graffman, Eugene Istomin, Rudolf Serkin (piano), Orchestre de Philadelphie, Eugene Ormandy (direction)
  • Label : Sony Classical 19658770042 (94 CD)
  • Année d’enregistrement : 1958-1982
  • Durée : N.C.

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