Lors de la Semaine sainte, plutôt que d’écouter la énième version d’un oratorio, le public toulousain découvre les mélodies orchestrées de Gabriel Fauré et les Sept paroles du Christ en croix de César Franck. Dans la Halle aux grains remplie, assiste-t-on à la résurrection de chefs-d’œuvre ou à leur exhumation ? Celle légitime que porte le Palazzetto Bru Zane, et sur place l’Orchestre national de Toulouse.

Fauré/Franck ©Romain Alcaraz

Le chœur Orfeón Donostiarra
Crédit photos : Romain Alcara

Chez Fauré l’Ariégeois, la présentation inédite de cinq mélodies de salon orchestrées de sa main s’arrime à la suite Pelléas et Mélisande. Autant l’orchestration transparente de la musique de scène du drame de Maeterlinck (Londres,1898) respire le mystère et la séduction sous la direction d’Ariane Matiakh, autant l’instrumentation des mélodies ne dépasse guère l’exercice de commande en vue de concerts symphoniques. Si le lamento de Théophile Gautier (Chanson du pêcheur) souffre de la comparaison avec celui inspiré de Berlioz (Les Nuits d’été), le célèbre Clair de lune de Fauré entrelace les masques verlainiens (violon, clarinette, flûte soli) à la voix suave de Julien Behr.
Auréolée d’un halo de cors, la poésie des Roses d’Ispahan est presque aussi persuasive que celle atemporelle de la Chanson de Mélisande, interprétée par la soprano Florie Valiquette. Cet additif à la suite orchestrale, en langue anglaise, est d’une exquise fluidité, à l’instar du solo de flûte de la Sicilienne précédente.

Pour quelles raisons le futur auteur de Rédemption n’a jamais-t-il fait graver ses Sept Paroles du Christ en croix (1859) tandis qu’il était organiste de Sainte-Clotilde à Paris ? Tardivement découverte (1955), cette exhumation laisse perplexe sur son dessin de compositeur, mais non sur sa ferveur chrétienne. Sans orgue, avec un orchestre réduit (mais avec trombones), le cycle latin fait alterner le chœur avec trois solistes. La surprise provient du langage qui évoque peu le style franckiste, ni même celui allusivement ancien de L’Enfance du Christ. Ici, ni modalité ni audace harmonique, mais un éclectisme couvrant le style des messes de Haydn jusqu’à celle de Rossini, sans omettre un soupçon verdien dans les réitérations chorales de rébellion (sixième parole).

Le gagnant est l’excellent chœur basque Orfeón Donostiarra, dont les séquences séraphiques a cappella et pianissimo hissent la spiritualité au firmament. Le duo alterné du baryton Jean-Sébastien Bou et du ténor Julien Behr (deuxième parole) bénéficie d’un élégant dialogue avec les bois, alors que les volutes rossiniennes sous-tendent la réponse opératique de la soprano. Après les tensions, l’ultime parole (« Père, je remets mon esprit entre tes mains ») renoue avec l’apaisement plutôt que la contrition. Grâce aux respirations que ménage la cheffe, cette sobriété oriente l’écoute vers la beauté vocale.


Ce concert sera diffusé sur France Musique le 15 avril
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Fauré/Franck ©Romain Alcaraz

Le ténor Julien Behr

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