10 œuvres essentielles pour découvrir Erik Satie
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Découvrez 10 œuvres majeures d’Erik Satie, des Gymnopédies à Parade, pour explorer un compositeur bien plus audacieux et moderne qu’il n’y paraît.
Les Gymnopédies, bien sûr, les Gnossiennes, évidemment. Mais l’œuvre d’Erik Satie ne saurait se réduire à ces deux séries ni à quelques pièces brèves réunies sous des titres humoristiques tels que Véritables préludes flasques (pour un chien), Embryons desséchés ou Les Trois Valses distinguées du précieux dégoûté.
Le parcours esthétique, spirituel et musical du compositeur connut différentes étapes, du rejet de l’emphase du post-romantisme aux échanges complices avec l’avant-garde des années 1920. De l’esprit canaille du cabaret à l’ésotérisme de la Rose-Croix en passant par le ballet, Satie ne fut pas l’apôtre exclusif du silence, le taiseux mélancolique dont le seul piano recueillait les confidences douces-amères. Ce parcours en dix étapes permet d’appréhender l’œuvre de Satie, bien plus vaste et diverse qu’il n’y paraît.
1/ Ogives (1886)
Ogive n° 1
- Présentation : Le titre fait bien sûr référence à l’architecture gothique qui impressionne le jeune Satie mystique. Bien qu’austères, voire arides, constituées presque exclusivement d’accords enchaînés (pour laisser le son s’épanouir comme dans une église ?), ces pages portent déjà en germe les marques du compositeur : le goût des tempos retenus (Très lent pour les quatre), un matériau musical minimal, des mélodies modales aux accents médiévaux et l’absence de barre de mesure.
- Version recommandée : Reinbert de Leeuw (Decca, 1992)
2/ Trois Gymnopédies (1888)
Gymnopédie n° 1
- Présentation : C’est probablement l’œuvre la plus connue de Satie. Fascinante et hypnotique avec sa sobre mélodie en noires et ses blanches pointées immuables à la basse qui marquent le premier temps (Satie a conservé les barres de mesure).
- Version recommandée : Alexandre Tharaud (Harmonia Mundi, 2008)
3/ Six Gnossiennes
Gnossienne n° 3 (1890)
- Présentation : Satie abandonne les barres de mesure dans ces pièces mystérieuses qui se situent dans le sillage des Gymnopédies. Cette musique, avare de notes, qui semble vouloir immobiliser le temps se montre riche d’indications fantaisistes : « Munissez-vous de clairvoyance », « Seul, pendant un instant » ou « Ouvrez la tête »…
- Version recommandée : Anne Queffélec (Mirare, 2012)
4/ Le Fils des étoiles (1891)
Prélude de l’acte I
- Présentation : Musique de scène pour la pièce éponyme de Joséphin Péladan (1858-1918), dit le Sâr Péladan, créateur de l’ordre de la Rose-Croix du Temple et organisateur des Salons de la Rose+Croix. Elle se compose de trois préludes suivis d’un quart d’heure de musique environ pour chacun des trois actes. L’ensemble atteint une heure. Conçue à l’origine pour flûtes et harpe, cette composition ne subsiste que dans sa réduction pour piano. Satie se plaît à nouveau à enchaîner les accords et à réduire la courbe mélodique au maximum. Alexeï Lubimov interprète cette œuvre rare sur un piano Bechstein de 1899.
- Version recommandée : Alexeï Lubimov (Passacaille, 2009)
5/ Je te veux (1903)
- Présentation : C’est pour Paulette Darty (1871-1939), actrice et chanteuse spécialisée dans le répertoire léger, que Satie destine cette valse lente et le vigoureux ragtime de La Diva de l’Empire (voir plage suivante). Ces chansons, aux mélodies faciles à retenir, deviendront les plus connues de leur auteur qui déclarait pourtant n’écrire que de « rudes saloperies ». Satie se souvient sans doute de ses temps passés comme pianiste au cabaret Le Chat noir. Cet air affiche une élégance parisienne très fin-de-siècle dans cette déclaration d’amour voluptueuse : « J’aspire à l’instant précieux / Où nous serons heureux /[…]/ Que ton corps soit le mien / Et que toute ma chair soit tienne ».
- Version recommandée : Julie Fuchs (soprano), Félicien Brut (accordéon), Davide Vittone (contrebasse), Alphonse Cemin (piano) (Sony Classical, 2025)
6/ La Diva de l’Empire (1904)
- Présentation : C’est dans un célèbre music-hall londonien, The Empire, que ladite diva, « la reine dont s’éprennent les gentlemen », « soulève, oh ! Très pudiquement / Ses jolis dessous de fanfreluches ».
- Version recommandée : Juliette, Alexandre Tharaud (Harmonia Mundi, 2008)
7/ Parade (1916)
- Présentation : Destinée aux célèbres Ballets russes dirigés par Serge de Diaghilev, cette partition résulte de la collaboration entre Jean Cocteau pour le scénario, Léonide Massine pour la chorégraphie et Pablo Picasso pour les décors, les costumes et le rideau de scène. Le ballet, inspiré du monde du cirque, fut créé le 18 mai 1917 au théâtre du Châtelet à Paris et fit scandale. L’orchestre imposant que requiert Satie (riche en cuivres, des percussions dont une tarole et des « flaques sonores ») comprend également une machine à écrire, un bouteillophone (un ensemble de bouteilles suspendues contenant des quantités différentes de liquide), un pistolet, une « sirène aiguë », une « roue de la loterie ». L’accueil fut des plus houleux. Guillaume Apollinaire, chargé de rédiger le texte de présentation, qualifie ce spectacle de « sur-réaliste ». Un barouf en forme de pied-de-nez.
- Version recommandée : Orchestre national de l’ORTF, dir. Manuel Rosenthal (Accord, 1968)
8/ Musique d’ameublement
« Tapisserie en fer forgé » (1917)
- Présentation : Comme dans Vexations (1893), brève partition pour piano, qui demande à être répétée 840 fois, pour atteindre une durée de quinze à trente heures (!) selon les versions, Satie présente dans sa Musique d’ameublement des pages de quelques mesures destinées à être jouées en boucle, ad libitum. Le « Carrelage phonique » doit sonner « Ordinaire », « Chez un bistrot » est marqué « Avec entrain » et la « Tapisserie en fer forgé », quatre mesures, pour flûte, clarinette, trompette et quatuor à cordes, doit être interprétée de façon « Très riche ». Satie inventeur de la musique répétitive ?
- Version recommandée : Ensemble Ars Nova, dir. Marius Constant (Erato, 1980)
9/ Socrate (1918)
1. « Portrait de Socrate »
- Présentation : Ce « Drame symphonique pour voix et orchestre » utilise trois extraits de textes de Platon, Le Banquet, Phèdre et Phédon, traduits par Victor Cousin (1792-1867). L’orchestre, léger (bois par 1, 1 cor, 1 trompette, timbales, 1 harpe, cordes), accompagne une voix qui s’approche davantage du parlé que du chanté. Cette pièce austère, pour ne pas dire aride, d’environ vingt-cinq minutes surprendra ceux qui considèrent Satie comme un simple farceur.
- Version recommandée : Jean-Paul Fouchécourt (ténor), Ensemble Erwartung, dir. Bernard Desgraupes (Virgin Classics, 1993)
10/ Relâche (1924)
« Ouverture », « Projection » et « Rideau »
- Présentation : Le dernier grand projet de Satie, destiné aux Ballets suédois, composé sur un argument, très dadaïste, satire des grands spectacles, du peintre Francis Picabia qui en assura les décors. La musique de « ballet instantanéiste » se divise en deux parties d’une dizaine de numéros entre lesquelles se glisse Cinéma, un « Entr’acte symphonique », qui accompagne un film muet et surréaliste de René Clair : on y voit notamment une danseuse barbue et un corbillard tiré par un chameau. Ce film de vingt-deux minutes voit apparaître Jean Börlin, le chorégraphe de Relâche, Marcel Achard, Rolf de Maré, le fondateur des Ballets suédois, les compositeurs Georges Auric et Darius Milhaud, Man Ray, Marcel Duchamp mais aussi, au tout début, Erik Satie et Francis Picabia faisant les pitres avec un canon sur le toit du Théâtre des Champs-Élysées. Picabia écrivit sur la partition de Relâche, publiée après la mort du compositeur : « Si Satie a aimé RELÂCHE, sans doute l’a-t-il aimé comme il aimait le kirsch, le gigot, comme il aimait son parapluie ! RELÂCHE ne veut rien dire, c’est le pollen de notre époque. Un peu de poussière au bout des doigts et le dessin s’efface… Il faut y penser de loin, ne pas chercher à y toucher… »
- Version recommandée : Orchestre du Capitole de Toulouse, dir. Michel Plasson (Warner Classics, 1988).
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