Ercole amante à Bastille : sports et divertissements

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Published On: 15 juin 2026|
Temps de lecture : 3 minutes

Après trois siècles d’oubli, Ercole amante d’Antonia Bembo fait son entrée à l’Opéra Bastille. Dirigée par Leonardo García-Alarcón et mise en scène par Netia Jones, cette résurrection d’un rare opéra baroque séduit par ses qualités musicales et sa lecture visuellement efficace.

Faut-il vraiment que les compositrices soient en vogue pour que l’Opéra Bastille accueille une œuvre composée en 1707 ! Déjà la présence de Rameau dans une salle aussi vaste avait eu de quoi faire hausser quelques sourcils, mais il est désormais prouvé que rien n’arrête l’Opéra de Paris, et peut-être Monteverdi, jusqu’ici réservé à Garnier, fera-t-il bientôt son entrée dans le grand hangar du douzième arrondissement. Autre première : à part Kaija Saariaho, combien d’opéras écrits par des femmes avait-on joués à l’Opéra Bastille ?

C’est plusieurs cases que coche donc à la fois Alexander Neef en programmant cet Ercole amante d’Antonia Bembo, dont le programme de salle a l’élégance de préciser que la résurrection, en concert et à la scène, avait été assurée dès 2023, en Allemagne et aux États-Unis. On ne saura sans doute jamais pourquoi l’Italienne accueillie en France par Louis XIV s’essaya à écrire un opéra sur un livret utilisé par Cavalli un demi-siècle plus tôt, mais on ne contestera pas que cette partition méritait d’être entendue.

Du sport et des couleurs

Après des Noces de Figaro assez peu mémorables, Netia Jones revient et propose un spectacle agréable, sa contribution reposant sur deux idées : Hercule est une sorte de Falstaff botoxé, un porc à balancer, et il évolue dans un univers où l’on pratique divers sports, notamment l’escrime et le badminton – une troisième idée concerne le personnage de la Beauté, mais mieux vaut en laisser la surprise aux spectateurs. Comme en 2022, madame Jones signe également les décors et les costumes, où l’on retrouve beaucoup de rouge et de blanc, agrémentés cette fois de vert (les jardins) et de bleu (le ciel, la mer). Les vidéos de Lightmap Studio apportent une contribution appréciée, et les chorégraphies de Maud Le Pladec sont bien intégrées à la production.

Un chœur et un orchestre à la hauteur des enjeux

Compte tenu de certaines manipulations que s’est jadis permises Leonardo García-Alarcón lorsqu’il dirigeait des opéras français ou italiens du XVIIIe siècle, nous sommes entrés dans l’ère du soupçon : en l’occurrence, le chef certifie néanmoins ne rien avoir modifié à la partition d’Antonia Bembo, la seule extrapolation étant une pièce de Legrenzi ajoutée pendant un changement de décor plus long que prévu. Même en tenant compte de la place nécessairement importante qu’occupent les choix interprétatifs pour les compositions de cette époque, c’est bien à Bembo qu’il faut donc attribuer l’étonnante « modernité » de certains passages.

Acclamé par des bravos forcenés dès son arrivée dans la fosse, le chef argentin a au moins le mérite de faire sonner la musique suffisamment pour les lieux, à la tête de sa Cappella Mediterranea aux effectifs dépassant la cinquantaine d’instrumentistes pour l’occasion. Se substituant aux forces maison, le Chœur de chambre de Namur livre une prestation qui n’appelle que des éloges, cet opéra lui réservant plusieurs interventions frappantes, en particulier au dernier acte.

De superbes voix féminines

De la distribution, ce n’est pas forcément le rôle-titre qu’on retiendra le plus, car Andreas Wolf, malgré ses moyens, semble assez monochrome dans son incarnation, peut-être gêné par sa fausse bedaine et sa tenue d’escrimeur. On remarque bien davantage la Déjanire fort émouvante de Deepa Johnny, la piquante Vénus de Sandrine Piau ou la Junon pleine de classe de Julie Fuchs. Alasdair Kent prête une grande richesse de nuances au fils d’Hercule ; dommage seulement que l’aigu forte prenne des couleurs aussi nasales. Ana Vieira Leite est une superbe Iole et montre qu’elle mérite d’accéder aux premiers rôles. Autour d’eux s’affairent plusieurs figures secondaires : l’autoritaire Neptune et Ombre d’Eurytos d’Alex Rosen, le Page percutant de Théo Imart, le Lychas sarcastique de Marcel Beekman ou la Pasithée manquant un peu de projection de Teona Todua.

Opéra national de Paris, Opéra Bastille, le 5 juin.

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