« Il y aura un avant et un après le Ring de Dresde dirigé par Kent Nagano ». Directeur du Dresdner Musikfestspiele, « Festival de musique de Dresde », Jan Vogler évoque pour nous l’ambitieux projet « The Wagner Cycles », une Tétralogie historiquement informée sous la direction de Kent Nagano.

Jan-Vogler © Marco-Grob

Jan-Vogler
Crédit photo : Marco Grob

Comment présenteriez-vous le festival de Dresde ?

Le Dresdner Musikfestspiele est le plus divers au monde, dans la ville la plus traditionnelle qui soit. On y entend des artistes de la plus haute qualité, mais nous y explorons tous les genres en plus du classique : outre les plus grands orchestres et les ensembles spécialisés dans l’interprétation historiquement informée, il y a aussi des concerts de jazz, de rock et world music, afin de satisfaire tous les goûts du public. Le festival se déroule dans vingt-cinq lieux répartis dans le centre de Dresde. Le Palais de la Culture, un bâtiment de l’époque communiste qui avait une acoustique épouvantable, a été transformé en 2017 en une excellente salle de 1 700 places, idéale pour le répertoire symphonique. Nous donnons aussi des concerts à l’église Notre-Dame, l’un des édifices emblématiques de la ville, reconstruit en 2005. Le festival occupe plus rarement le Semperoper, qui est occupé tous les soirs par les représentations ou les répétitions, et nous partageons des manifestations avec la Staatskapelle ou la Philharmonie de Dresde.

Comment le Festival de Dresde en est-il venu à porter le projet des « Wagner Cycles » ?

C’est à Cologne qu’a démarré ce projet d’interprétation de la Tétralogie sur instruments d’époque. Mais après L’Or du Rhin en 2021, il est apparu que le Concerto Köln n’avait pas les moyens de poursuivre. Kent Nagano m’a sollicité, et j’ai fait mes calculs : ce serait lourd, mais nous pouvions le faire, avec l’Orchestre du Festival de Dresde, créé en 2012 et dont les membres, recrutés parmi les plus grandes formations européennes, jouent sur instruments anciens. Après une interruption de deux ans, L’Or du Rhin a été redonné (et enregistré dans la église Saint-Luc, où Carlos Kleiber avait gravé son Tristan), et cette année, La Walkyrie est présentée dans six villes différentes. Dresde est maintenant au cœur du projet, pour des raisons historiques évidentes (Wagner y fut Kapellmeister et y dirigea la création de Rienzi), et toute l’équipe du festival est très fière de travailler toute l’année sur ce projet.

Ambitionnez-vous une « Wagner Renaissance » ?

Wagner est aujourd’hui l’un des compositeurs les plus incompris, parce que trop peu de gens ont lu ses écrits sur la musique. Grâce à notre Académie Wagner, on ne pourra plus ignorer qu’il n’aimait pas le vibrato, qu’il voulait que l’orchestre ne joue pas trop fort afin que le texte reste compréhensible. Nous devrions avoir l’an prochain un Siegfried d’une trentaine d’années : avec un orchestre plus transparent, il est possible de recourir à des voix plus jeunes. Nous ne prétendons pas découvrir la vérité, mais retourner aux sources. En respectant les tempos marqués, on obtient un Or du Rhin de vingt minutes plus court ! Kent Nagano exige de l’orchestre, qui associe membres de l’Orchestre du Festival de Dresde et du Concerto Köln, la même perfection qu’avec les meilleures formations d’aujourd’hui, tout en respectant le style, et même en jouant sur instruments anciens. Quand j’étais adolescent, j’ai été bouleversé par les opéras de Mozart enregistrés par Harnoncourt, qui retrouvait l’immédiaté du drame. Je pense aussi au festival de Pesaro, qui a permis de retrouver une vocalité perdue et de faire apparaître une nouvelle génération d’interprètes rossiniens. Il faut faire la même chose pour Wagner. Notre Ring historiquement informé convainc même les wagnériens de la vieille école, c’est comme un rêve qui se réalise. Il y aura un avant et un après.

Propos recueillis par Laurent Bury

Prochaine étape de la tournée du Ring sur instruments anciens : Festival de Lucerne, le 21 août.

Dresdner Musikfestspiele, jusqu’au 9 juin.