Marc Mauillon nous plonge dans la poétique amoureuse du XVIIe siècle grâce aux vers tendres et hardis d’Henriette de Coligny. Un doux délice.

« Je m’abandonne
à vous »

Airs sur des poésies
de la Comtesse de la Suze
de Le Camus, Lambert,
Bacilly, Du Mont…
Marc Mauillon (basse-taille),
Angélique Mauillon (harpe triple),
Myriam Rignol (viole de gambe)
Harmonia Mundi HMM 902674.75
(2 CD). 2020. 1 h 50

Plus qu’une anthologie d’airs et de « poésie lyrique » du Grand Siècle, c’est la redécouverte d’une autrice que proposent Marc Mauillon et ses complices : Henriette de Coligny (1623-1673), arrière-petite-fille du célèbre amiral protestant assassiné. « Démariée » d’un époux qu’elle n’avait pas choisi, cette farouche indépendante, amie de Christine de Suède, se fit connaître dans le monde des lettres et des salons, eut les honneurs de l’édition mais reste méconnue.

Les compositeurs qui ont emprunté ses vers, les Bacilly, Du Mont, Lambert et Le Camus, sont nés dans les années 1610-1620, donc bien après les pionniers de l’air de cour, les Bataille, Guédron, Boësset, Moulinié. Ces deux générations se côtoyaient pourtant dans les Airs de différents auteurs publiés par les Ballard et les Recueils de vers mis en chant édités par Bacilly dans les années 1660-1680, cœur de ce programme. On y évoque abondamment l’amour, ses bienfaits et ses dangers, et convoque bergers, amants éconduits, larmes, « secrètes douleurs » dans les bocages.

Avec le talent de diseur qu’on lui connaît, Marc Mauillon traduit, en français restitué, la musique naturelle de ces vers, leur éloquence, leurs nuances, leur mélancolie qui va souvent au-delà de la préciosité (Le Doux Silence de nos bois par d’Ambruis est à pleurer), soutenu avec tact par les cordes de la harpe et (ou) de la viole. Le soin apporté à chaque mot, à chaque note, la volonté de varier les couleurs (quelques airs avec la soprano Céline Scheen et le ténor Antonin Rondepierre) et l’interprétation (les diminutions du deuxième couplet conformes à L’Art de bien chanter de Bacilly) garantissent une écoute attentive et des émotions auxquelles on s’abandonne bien volontiers.