Palerme. Ici, Wagner a achevé Parsifal. Graham Vick le réinvente sur un carré de désert de sable, sans autre décor que la pénombre, ou un grand drap tendu pour les horreurs de la guerre à contre-jour. Le récit convoque le sang des religions – les soldats boivent celui d’Amfortas, Klingsor se montre le slip taché de sang. L’émotion a d’abord du mal à passer, mais l’action captive.

Et soudain, avec le duo de l’acte II, tout devient fou. Il y a d’abord la Kundry de Catherine Hunold, maternelle de toutes ses chairs, et de sa voix si claire, si chaleureusement épanouie (l’anti-tradition allemande). Et le baiser, véritable catalyseur. Julian Hubbard, encore en devenir de maturité (c’est une prise de rôle comme pour elle, un pari gagné pour chacun) prend feu, Hunold explose, Meir Wellber, très objectif jusque-là, embraye pour vingt minutes d’exaltation, jusqu’au son, limite saturation. L’acte III confirmera, enlevé, avec le splendide Gurnemanz dynamique de Relyea, et malgré la fatigue de Tómasson.

Ce n’est pas le Parsifal de référence, mais il a du neuf, du vrai, du sensible, et de la joie à exposer, bien plus que d’autres en DVD.

Parsifal, de Richard Wagner
Julian Hubbard (Parsifal)
Tómas Tómasson (Amfortas)
John Relyea (Gurnemanz)
Catherine Hunold (Kundry)
Chœurs et Orchestre du Teatro Massimo
dir. Omer Meir Wellber, m.e.s. Graham Vick
CMAJOR 759308 (2 DVD). 2020. 3 h 45 min

Pour plus d’informations

À retrouver ici : CLASSICA n° 254