Un dialogue transatlantique de haut vol
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Le Duo Alma prête à trois compositrices du second XIXe siècle un violon et un piano élégants et éloquents dans un programme qui ose l’originalité.
Le Duo Alma, autrement dit Clara Danchin au violon et Anna Jbanova au piano, toutes deux enseignantes au CRR de Toulouse, avait signé un premier disque (Créatrices, Klarthe, 2022) qui proposait des pièces de Clara Schumann, Mel Bonis ainsi que, déjà, Amy Beach (1867-1944) et Marguerite Canal (1890-1978). L’Américaine était représentée par sa courte Romance de 1893 ; la Française, par sa belle Sonate de 1922. Aujourd’hui, c’est l’inverse.
De la Toulousaine, on a retenu trois pages brèves (Élévation, qui a inspiré le titre de l’album, Idylle et Lied) tandis que la native du New Hampshire voit sa Sonate en la mineur de 1896 à nouveau documentée au disque. Il existe en effet au moins une douzaine d’enregistrements de cette partition, sans parler de ses avatars pour alto et piano ou flûte et piano, qui en attestent la valeur, même si le Quatuor à cordes plus tardif (1929) affichera une complexité autrement novatrice.
Entre élans passionnés et maîtrise stylistique
Nos deux interprètes traduisent avec une élégance chaleureuse la musique de Marguerite Canal, toute de douceur fauréenne dans une sobre carrure franckiste. Combien de bis à la mièvre superficialité pourrait-elle avantageusement remplacer en concert !
Les élans passionnés, le romantisme extatique (Largo con dolore) de la vaste Sonate d’Amy Beach reçoivent un traitement non moins excellent qui se caractérise par la vibrante ferveur, la maîtrise stylistique (conduite du son, gestion du souffle expressif, équilibre instrumental), l’écoute réciproque enfin d’un duo qui collabore depuis près d’une dizaine d’années. Même ses meilleurs concurrents, tels Joseph Silverstein et Gilbert Kalish (New World, 1977), Thomas Albertus Irnberger et Barbara Moser (Gramola, 2019) ou Tasmin Little et John Lenehan (Chandos, 2018), n’offrent pas de proposition plus convaincante.
La découverte d’Irena Poldowski
En complément de programme, beaucoup découvriront Irena Poldowski (1879-1932). Moins célèbre que son père, le violoniste et compositeur Henryk Wieniawski, celle qui était née Irène Régine Wieniawska puis avait porté le nom de Lady Irène Dean Paul a choisi un pseudonyme professionnel peu de temps après son mariage avec un baronnet britannique en 1901. Pianiste solide, elle étudia la composition avec André Gedalge puis Vincent d’Indy et laisse un catalogue majoritairement composé de mélodies.
Elle donna la première de sa Sonate en ré mineur (1912) à Bruxelles en accompagnant le violoniste belge Émile Chaumont mais c’est le grand Lazare-Lévy qui assura la partie de piano lors de la création parisienne. Marqué par la musique de son temps, française essentiellement, l’ouvrage prolonge les accents fiévreux d’Amy Beach dans un parcours plus ramassé, en détaillant une atmosphère plus sombre et tourmentée.
Quelles que soient les qualités de Clare Howick et Sophia Rahman (Naxos, 2008), Jennifer Pike et Petr Limonov (Chandos, 2021) ou de Mirosław Feldgebel et Anna Wandtke (Dux), le Duo Alma affirme une éloquence supérieure.
Informations pratiques
- Compositrices : Amy Beach, Marguerite Canal et Irena Poldowski
- Titre : Élévation
- Interprètes : Duo Alma
- Label : Indésens Calliope IC105 (1 CD)
- Date d’enregistrement : 2025
- Durée : 1 h 05 min
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