Donner à la musique toute sa valeur
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La musique n’est pas un « nice to have », mais une nécessité…et une force d’entraînement économique ! Elle nous rappelle dans un paradoxe apparent qu’il existe une autre grammaire que celle de la performance alors même que les conditions matérielles et donc financières de son existence, des salles de spectacle aux festivals, lieux de formation, ou espaces de création, sont parfois difficiles à remplir.
Plus largement, la culture est un bien commun et la musique en est une modalité fondamentale. Elle s’ancre dans des récits, des œuvres et une mémoire partagée, qui constituent une source inépuisable de résilience. Elle renvoie aussi à une exigence intérieure : celle qui fonde, silencieusement, la bonne santé de nos sociétés.
Bien sûr, le sujet ne saurait être épuisé d’un seul coup. Nous aurons l’occasion, au fil de nos parutions, d’explorer comment l’éducation artistique forme les citoyens de demain ; comment la pratique musicale améliore aussi la performance scolaire et académique. Nous questionnerons les manières d’évaluer la valeur culturelle sans la réduire à une comptabilité étroite. Et nous réfléchirons à de nouveaux modèles économiques capables de soutenir la création à l‘heure où la subvention publique se raréfie. Mais aujourd’hui, je voudrais m’arrêter sur ce qui fait la singularité de la musique, et pourquoi nous devons lui donner toute sa valeur.

Natacha Valla, économiste et Doyenne à Sciences Po
Un langage universel
D‘abord, parmi toutes les formes d’art, la musique occupe une place singulière : c’est un langage universel. Elle traverse les langues, les cultures, les frontières. Elle nous relie sans avoir besoin de traduction. Michel Serres disait que les savoirs, comme les fleuves, circulent et se mélangent ; la musique, elle, circule encore plus vite : elle s’adresse directement à notre sensibilité commune, nous met en résonance en quelque sorte, sans autre médiation que la vibration d’un son.
Ensuite, c’est dans l’éthique de l’instant qu’elle s’inscrit. Jankélévitch écrivait que la musique est l’art de l’évanouissement : elle existe le temps d’une vibration et disparaît aussitôt. Mais c’est précisément dans cette fragilité qu’elle révèle sa force. Chaque note jouée est une invitation à habiter le présent, à se rappeler que la valeur n’est pas seulement dans la durée, mais dans l’intensité, comment dire ? La profondeur. La musique nous apprend à vivre le temps autrement.
Puis, la musique est une résistance : dans un monde dominé par l’efficacité et la rationalité, la musique introduit du souffle, de l’espace, une respiration collective. Benoît Duteurtre l’a souvent rappelé : la musique est ce lieu où se déploient à la fois résistance et imagination.
Plus prosaïquement, la musique est vecteur de formation et de transmission. Apprendre la musique n’est pas seulement acquérir une technique. C’est se former à la réalisation collective. C’est pourquoi tant d’institutions, y compris dans le champ académique, placent la musique au cœur de leurs parcours éducatifs.
Quelle place lui donner ?
Reste à savoir comment donner à la culture – et à la musique en particulier – une place à la hauteur de son rôle. Faut-il lui attribuer une valeur économique ? D’une certaine manière, la réponse est déjà là. Selon la CNUCED, les industries culturelles et créatives généraient en 2024 près de 2 300 milliards de dollars de revenus annuels, soit environ 3 % du PIB mondial. Elles emploient 6,2 % de la population active, stimulent l’innovation, le tourisme, les technologies numériques, et j’en passe. Leur croissance est souvent supérieure à celle du PIB. Certes, ces chiffres ne suffisent pas, mais reconnaître la valeur économique de la culture est un premier pas pour la préserver.




