Désiré-Émile Inghelbrecht : redécouverte d’un maître de Debussy et Fauré
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Redécouvrez Désiré-Émile Inghelbrecht, chef proche de Debussy et grand défenseur de la musique française, dans un coffret Erato inédit de 16 CD. Un Choc Classica.
Redécouverte d’un chef majeur de la musique française
Warner Classics publie pour la première fois, sous étiquette Erato, l’ensemble des enregistrements de studio réalisés par Désiré-Émile Inghelbrecht (1880-1965), assorti de quelques prises de concerts dans un coffret compilant près de 19 h de musique. De quoi redécouvrir l’un des chefs les plus influents du XXe siècle en France, connu pour son attachement viscéral à la musique de Debussy et son rôle dans la diffusion du répertoire français.

D’ascendance belge et anglaise, ce fils d’un altiste de l’Opéra de Paris, membre des Apaches – cercle d’artistes et de compositeurs parmi lesquels Ravel et Schmitt –, deviendra l’un des proches de Claude Debussy. Il dirige les chœurs lors de la création, en 1911, du Martyre de saint Sébastien dont il restera toute sa carrière l’un des plus ardents défenseurs.
Debussy au cœur de son héritage musical
Debussy se taille en toute logique la part du lion dans les séries réalisées, entre 1953 et 1957 pour Ducretet-Thomson, Columbia et Erato, à la tête de l’Orchestre National de la Radiodiffusion Française, dont Inghelbrecht assura la création en 1934, ensemble fréquemment désigné comme Orchestre du Théâtre des Champs-Élysées.
Quatre CD sur les neuf proposés alignent les trésors. Citons surtout Jeux, les pièces vocales servies par l’art déclamatoire français limpide de l’époque (L’Enfant prodigue, La Damoiselle élue, Chansons de Charles d’Orléans et Ballades de François Villon), ou encore la version quasi indétrônable du Martyre de saint Sébastien, d’une foi visionnaire et paradoxalement d’un érotisme aux limites du vertige.
De Fauré à Ravel : l’âge d’or du style français
Un disque Fauré, dont un Requiem d’une simplicité absolue, recto tono, sans effet expressif appuyé, porté par un art choral certes suranné mais d’une ferveur bouleversante et techniquement dix coudées au-dessus de celui d’Ansermet (Decca, également 1955), complète cette somme. S’y ajoutent deux disques Ravel, dont un Daphnis et Chloé intégral ô combien narratif, qui réinvente le théâtre à l’antique avec toute la verdeur requise.
On s’attardera également sur les quelques faces de 1956 gravées à la tête de l’Orchestre philharmonique de Londres (Berlioz, Gounod et Lalo, dont la Symphonie espagnole avec le violoniste Devy Erlih), techniquement plus affûtées mais d’une typicité de timbres peut-être moindre. Pour tous ces microsillons, aux reports Warner Japon ont été souvent préférés ceux de Testament, légèrement plus mats.
En bonus, les CD 15 et 16 proposent des Debussy captés en concert entre 1955 et 1962, au Théâtre des Champs-Élysées – sans aucun doublon avec ceux du coffret Montaigne Archives de 1999 –, qui apportent un témoignage plus bouillonnant et vibrant encore sur « Inghel ».
Des archives restaurées avec soin, des raretés et des inédits
La période 78 tours, confiée à Pathé entre 1929 et 1934, inédite au CD, à l’exception des Nocturnes de Debussy et soigneusement remasterisée par Art & Son, offre un bel éventail de répertoire, français essentiellement, le plus souvent à la tête de l’Orchestre des Concerts Pasdeloup.
Y ont été adjoints, en première mondiale, deux inédits de 1937 avec le National : la Fête enfantine du chef-compositeur et la Fête des colonies de la petite protégée de Paul Dukas, Elsa Barraine, suite de miniatures exotiques avec ses ineffables ondes Martenot, l’« ancêtre des synthétiseurs ».
Outre quelques curiosités (un Till l’espiègle de Strauss effronté mais un peu bousculé), on y trouve déjà nombre de gravures mêlant tendresse, énergie et effervescence des timbres : extraits de Lakmé de Delibes, « Fête polonaise » du Roi malgré lui de Chabrier au rubato délirant, Apprenti Sorcier de Dukas corrosif, mais aussi une Petite Suite de Debussy aux tempos lents, comme dans un rêve, emplie de sonorités impalpables, et une anthologie Inghelbrecht : La Nursery, Légende du Grand Saint-Nicolas, Sinfonia breve, Quatre Fanfares.
Chef incontournable de la vie musicale française, Désiré-Émile Inghelbrecht méritait amplement un tel hommage à l’occasion du soixantième anniversaire de sa mort.
Informations pratiques
- Compositeurs : Barraine, Berlioz, Bizet, Borodine, Chabrier, Debussy, Delibes, Dukas, Fauré, Gounod, Grieg, Inghelbrecht, Lalo, Liadov, Ravel, Rimski-Korsakov, Rouget de Lisle, R. Strauss, Vollstedt et Wagner.
- Album : The Complete Erato Recordings
- Œuvres : Prélude à l’après-midi d’un faune, Jeux, Daphnis et Chloé, Symphonie espagnole…
- Interprètes : Désiré-Émile Inghelbrecht
- Label : Erato 5021732516893 (16 CD)
- Année d’enregistrement : 1929-1962
- Durée : 18 h 42 min




