Des mots et des notes : quand la musique inspire la langue
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« Être réglé comme du papier à musique », « Mener la danse », « Être au diapason » ou « Pisser dans un violon »…Autant d’expressions du langage courant qui doivent leur origine au monde musical. Avec humour et érudition, Stéphane Gendron, spécialiste de toponymie, propose de suivre, sans fausse note, les pérégrinations du « jargon de la musique et des musiciens » pour comprendre comment il a investi notre quotidien. Accessible aussi bien aux mélomanes qu’aux amateurs de la langue française, cet ouvrage aussi original ne donne pas le blues et mérite un concert de louanges.
Extrait de Stéphane Gendron, C’est du pipeau ! Le jargon de la musique et des musiciens, Actes Sud (p. 104-105) :
« De même qu’on accorde ses violons ou plus rarement ses vielles, accorder ses flûtes a été fréquemment employé pour le fait de convenir d’une chose, se mettre d’accord, prendre ses mesures (voir accorder ses violon). Molière l’utilise en jouant sur le double sens de jouer : « Mettez, pour me jouer, vos flûtes, mieux d’accord » (pour me jouer, c’est-à-dire pour vous jouer de moi). Dans l’argot des voleurs au XIXe siècle, l’accordeur de flûtes désigne le magistrat, sans doute en raison du rôle d’accordeur qu’il est censé jouer pour concilier amiablement les parties. Si accorder ses flûtes est une expression considérée comme « vieillie » par la plupart des dictionnaires, les usages métaphoriques de la flûte sont innombrables.

La flûte des boulangers est une baguette longue et mince, une ficelle, et il est déjà question de pain en flûtes dans un Almanach des gourmands de 1805 (TLF). La flûte est un verre long et mince dont on se sert pour boire le champagne et autres vins mousseux. Mais la métaphore qui a connu le plus grand succès est celle qui assimile les flûtes aux jambes.
Être monté sur ses flûtes, c’est « avoir des jambes longues et grêles » et jouer des flûtes, ou se tirer des flûtes équivaut à « courir, s’enfuir rapidement, détaler ». On rencontre également mettre les flûtes, probablement une version écourtée de mettre les flûtes à son cou pour « se sauver », que remplace aujourd’hui prendre ses jambes à son cou. Dans la même veine, jouer son solo de flûte c’est faire une échappée, se détacher du peloton dans le domaine du cyclisme depuis le début du XXe siècle.
Le jargon des musiciens a largement brodé sur ce thème en y accolant des verbes plus ou moins expressifs. Par exemple, astiquer ses flûtes, c’est « danser », par allusion au frottement des jambes du danseur (agiter ses castagnettes n’est pas très loin). Mais l’expression est plus courante au sens de « se préparer à fuir ». D’où, probablement, le fait d’envoyer flûter quelqu’un, de l’envoyer promener dirions-nous plus couramment, qu’Émile Zola emploie dans L’Assommoir, et l’interjection flûte ! ou flûte alors ! dont nous faisons parfois encore usage pour marquer l’impatience, la déception. Au passage, pour changer son regard et ouvrir ses oreilles sur la flûte à bec, rien de tel que d’écouter l’ensemble québécois Flûte Alors ! créé en 1999.
Une autre association s’est avérée très productive dans la littérature et la musique, celle qui relie la flûte et la bouteille de vin. La flûte, nous dit Delvau, c’est le nom d’une bouteille au col très allongé, telle la fameuse flûte d’Alsace. Flûter, c’est boire avec une certaine constance, se rincer la cornemuse dirons certains, à moins qu’on préfère se raboter le sifflet à tire-larigot, expressions sur lesquelles j’aurai l’occasion de revenir. Dans ces conditions, le gros buveur, l’ivrogne ne pouvait être qu’un flûteur, bon flûteur ou franc flûteur, ami de la bouteille, celui qui vide ses flûtes. »

Stéphane Gendron
Plus d’informations
- Auteur : Stéphane Gendron
- Titre : C’est du pipeau ! Le jargon de la musique et des musiciens
- Éditions : Actes Sud
- Nombre de pages : 216 pages
- Prix : 20 €




