À l’Opéra Bastille, Don Quichotte de Massenet se réinvente dans la mise en scène de Damiano Michieletto. Le parti-pris d’éclipser l’imaginaire traditionnel de l’œuvre est aventureux, mais parfaitement porté par la distribution et la direction musicale de Patrick Fournillier.

Quichotte_Generale ©Emilie-Brouchon

Représentation générale de Don Quichotte
Crédit photo : Émilie Brouchon

On devrait donner plus souvent Don Quichotte. Cet ouvrage ne ressemble à aucun autre de Massenet, qui s’est livré à un ultime exercice de style(s) d’une virtuosité et d’un raffinement inouïs. Mais là où le livret d’Henri Cain présentait, à l’intention du spectateur cultivé de la Belle Époque une série de tableaux brillants ou touchants, le metteur en scène Damiano Michieletto veut aller plus loin et invente une histoire intéressante, mais qui ne colle plus forcément avec le texte. Plus de références espagnoles, plus de moulins, plus de chevalier famélique et d’obèse Sancho : Don Quichotte est un bourgeois d’âge mûr un peu fou. Tout ce que l’on voit sur scène se passe dans sa tête, depuis les souvenirs douloureux de harcèlements scolaires, jusqu’aux visions de personnages démoniaques.

Quelle subtilité !

L’habileté de Michieletto est d’avoir substitué au brillant spectacle originel une mise en scène inventive et non moins brillante, de sorte que, charmé par tout ce qu’il voit et la parfaite direction des acteurs et des chœurs, le spectateur moderne passe aisément sur les dissonances de cette relecture. La distribution est impeccable avec un Don Quichotte de grande classe (Christian Van Horn), vraie basse chantante à la française maîtrisant parfaitement la prononciation, un Sancho sobre et drôle à la fois (Étienne Dupuis) et une Dulcinée idéale (Gaëlle Arquez), mezzo point trop sombre aux élégantes vocalises. On est heureux que Patrick Fournillier ait enfin pu diriger à l’Opéra, et avec quelle subtilité !, un ouvrage d’un compositeur qu’il a si bien servi depuis plus de trente ans.