Cuxa, la musique à bras ouverts

Par |Published On: 19 août 2024|

Lieu emblématique du Festival Pablo Casals de Prades, l’abbaye de Cuxa accueille chaque soir des artistes de grande renommée pour des concerts hors du temps. Avec Daniel Lozakovich et Astrig Siranossian, les deux premières soirées ont été un coup d’éclat.

Festival Prades © François Brun

Daniel Lozakovich
Crédit photo : François Brun

Dans l’intimité des vieilles pierres de l’abbaye, nichée dans un vallon aux pieds du Canigou, règne comme un accord tacite de silence, auquel s’ajoute le souvenir planant du créateur du festival, le violoncelliste Pablo Casals. Une sérénité et un hommage entretenus par un public fidèle, illustrés par des concerts vibrant de poésie. Le concert d’ouverture du festival donne le ton d’une programmation de haut vol imaginée par Pierre Bleuse pour sa quatrième édition en tant que directeur artistique. Les premiers accords à résonner dans l’impressionnante nef charpentée sont ceux du Chant des oiseaux, recueillement collectif empreint d’une douce mélancolie, préambule aérien au grand Concerto pour violon de Beethoven qu’interprète ensuite Daniel Lozakovich. Quelle merveille que ce concerto aux dimensions hors normes ! Mais plus encore, quelle merveille que la sensibilité du jeune violoniste : délicieusement hésitant, Daniel Lozakovich dévoile toute la complexité d’une partition qui place le dialogue au centre de l’exécution. Sous la direction souple de Pierre Bleuse, l’orchestre et le soliste échangent avec naturel : le jeune violoniste suggère, accompagne, initie mais n’impose jamais, comme l’illustre son dialogue touchant avec la clarinette dans le Rondo Allegro. D’une grâce angélique et de son Stradivarius Ex-Sancy de 1713, Daniel Lozakovich touche l’âme d’un public captivé par la pureté du son et la candeur d’une jeunesse où brille tant de talent.

Une soirée d’exception

Puis vient la Neuvième Symphonie de Schubert, justement désignée comme « La Grande » par sa dimension inédite pour le compositeur allemand. La soirée est aux œuvres d’exception ! Pierre Bleuse, hypnotique d’élégance, se veut le magicien qui impulse à l’orchestre l’énergie capable de faire oublier la chaleur suffocante et la fatigue d’un premier concert donné quelques heures auparavant pour la télévision. Jubilatoire, grandiose, impériale, la symphonie de Schubert est un monument qu’il faut pourtant incarner et les musiciens réussissent la prouesse de la redonner avec fougue et fraîcheur. On admire alors le solo de cor qui présente le glorieux thème du premier mouvement, la force de l’interprétation qui ne se passe jamais de légèreté et l’on frissonne sur la dernière marche harmonique. Pour le concert d’ouverture du festival, Pierre Bleuse et son orchestre réussissent ici un véritable coup de maîtres.

Le violoncelle en majesté

Lors de la deuxième soirée du festival, la violoncelliste Astrig Siranossian partage l’affiche avec le pianiste Denis Kozhukhin. Après la Pastorale de Pablo Casals qui montre l’incroyable palette de jeu d’Astrig, et après un hommage discret à la culture française, le duo s’attaque à la Sonate pour violoncelle et piano de Brahms. La complicité entre les deux artistes nourrit une exécution tantôt joyeuse, tantôt languissante, toujours juste et précise. Bien que l’on pourrait croire, à son engagement quelque peu zélé, qu’il interprète un concerto pour piano, Denis Kozhukhin se veut un soutien indéfectible à sa partenaire. Car c’est bien la violoncelliste qui brille ce soir d’une sonate à l’autre ! Astrig Siranossian s’illustre en majesté dans celle de Rachmaninov (op.19), montrant le jour comme la nuit selon l’ambivalence chère au compositeur, convoquant fougue, ardeur et délicatesse. Sur l’accompagnement léger et bien équilibré du piano, dans une salle superbement éclairée par des jeux de lumières changeants et envoûtants, Astrig convainc une fois de plus par son naturel et sa générosité. En bis, le duo remonte à leur première rencontre à Jérusalem sur une Méditation d’Ernest Bloch, première oeuvre qu’ils ont interprétée ensemble et dédiée par le compositeur à Pablo Casals. La boucle est bouclée.

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