Créations mondiales au Festival Messiaen

Par |Published On: 7 août 2024|

« Dreams ». C’est l’intitulé du programme donné au Festival Messiaen au Pays de la Meije par l’ensemble Spirito de Nicole Corti et le Quatuor Béla, mêlant à des pièces vocales de Gabriel Fauré, Zad Moultaka et Olivier Messiaen, quatre œuvres de jeunes compositeurs à découvrir.

Le Festival Messiaen ©SDP

Crédit photo : SDP

Le chœur Spirito et le Quatuor Béla partagent le même engagement en faveur de la musique d’aujourd’hui et des jeunes artistes. Le concert donné au Festival Messiaen quitte La Grave pour Saint-Chaffrey, dans le Briançonnais, après avoir passé le col du Lautaret. Dans l’église de ce village, une des artistes déclame en prologue du concert une amusante présentation versifiée et élogieuse du chœur Spirito, dont l’excellence ne sera pas démentie, puis c’est au jeune compositeur Anthonin Mondon de dire quelques mots sur sa pièce. Rien après, rien avant qui fait référence au poème de Victor Hugo « L’absolu, l’éternel… », sonde l’au-delà et demande comment le représenter. Écrite pour chœur a capella, elle est chantée du haut de la tribune surplombant l’entrée, dirigée par Nicolas Pérez Marchal. De longues notes tenues bouches fermées sous-tendent les paroles chantées et chuchotées, qu’un silence abrupt interrompt après un climax. Puis « s » susurrés, unissons venus de loin, semblent un appel vers plus grand, un ailleurs insaisissable… On apprécie la belle tenue de l’œuvre autant que la cohésion du chœur.

Fauré et Moultaka saisissants

Les chanteurs se déploient au fond du chœur de l’église, face au public et entonnent le Cantique de Jean Racine de Gabriel Fauré, accompagnés non pas au piano ou à l’orgue, mais par le Quatuor Béla. Floriane Dardard, qui dirigera plus tard une autre œuvre de jeunesse de Fauré, Les Djinns, veille elle aussi à cette cohésion, dose les équilibres entre les voix, dessine les courbes du chant avec sensibilité. Tiphaine Legrand lui succède à la direction du chœur dans I Had a Dream (2007), de Zad Moultaka. Ce « totem moderne » comme le qualifie son compositeur, arrime le chant du chœur à l’enregistrement diffusé du célèbre discours de Martin Luther King, dont la voix « trouve un espace de résonance ». Épousant les fluctuations et le rythme du discours, les voix (registre médium-grave) se « rapprochent » progressivement, s’additionnant, montant en intensité, scandant des fragments de témoignages de sinistrés de l’ouragan Katerina (Nouvelle Orléans) sur l’implacable et sombre pulsation d’un tambour. Les corps des chanteurs s’ébranlent accompagnant de leurs pas (sur place) ce qui devient une marche funèbre, puis se figent sur un long accord tenu, d’où s’élèvent enfin les voix frêles et émouvantes des sopranos. Cette œuvre saisissante laisse un court instant un lourd silence dans l’auditoire.

À chacun sa propre interprétation

Deuxième création mondiale, Gerçure Photon pour chœur a capella, de Guilhem Meier, batteur, guitariste et compositeur touche-à-tout. Sa pièce née de l’écriture automatique (dirigée par Tiphaine Legrand) suscite au départ un scepticisme vite dissipé. Procédé utilisé comme amorce, le compositeur ne s’y complait pas, son travail s’orientant rapidement vers une recherche de sens. Cette œuvre colorée, riche de sonorités diverses, un peu bavarde mais bien construite, ne manque pas de séduire. Deux autres créations encadrent le motet O sacrum convivium, unique pièce liturgique d’Olivier Messiaen, chanté à nouveau depuis la tribune. Dans la sonorité scintillante est une pièce pour quatuor à cordes de Max Eidinoff. De forme lied, elle met en interaction les seize cordes en présence dans les registres aigus et suraigus, jouant sur une belle brillance du son. Enfin le compositeur libanais Nadim Tarabay propose avec Maskoun/Majnoun, œuvre pour chœur et quatuor à cordes, dirigée par Nicolas Pérez Marchal, une troublante alternative : être habité/être emprisonné. Mais, dit-il, « chacun doit se faire sa propre interprétation ». Microtonalité, glissandi subtils des voix et des cordes, frictions harmoniques, chuchotements… l’œuvre envoûte sans que l’on parvienne à trancher, ponctuée par un « hahhh », comme une ultime expiration…

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