Sur les Rencontres Internationales de lutherie de Mirecourt s’est greffé le Concours International de Violon placé sous la direction artistique de Marianne Piketty, soliste et musicienne de chambre bien connue. La septième édition ouverte à vingt-sept prétendants s’est montrée à la hauteur des attentes devant un jury composé entre autres d’Alissa Margulis, Mihaela Martin, Christian Altenburger, Hu Kun (vainqueur du Concours Menuhin de la Ville de Paris en 1985)…

Crédit photos : Martine Jung

Les épreuves, denses, comportaient des éliminatoires pour violon seul, une demi-finale avec, au choix, une sonate de Schubert ou de Beethoven, une sonate française pour violon et piano, une œuvre virtuose. Les quatre finalistes se sont produits dans l’épreuve concertante avec l’Orchestre national de Lorraine dirigé par William Le Sage, actuel assistant à Nancy de la cheffe Marta Gardolińska, dans le superbe théâtre de la Rotonde de Thaon-les-Vosges à l’acoustique flatteuse, réplique du théâtre du Châtelet réalisée en 1925.

Le premier prix revient à la Coréenne Jaewon Wee (24 ans) déjà couronnée en 2022 à Washington au Concours Ysaÿe : elle s’impose dans le Concerto de Sibelius par une pureté de ligne, une sonorité lumineuse sur le Lorenzo Storioni de Crémone (1784). Sa maîtrise technique accomplie et sa maturité ont convaincu ; à son actif les prix de l’Orchestre, de la Lutherie Contemporaine constitué du prêt pendant deux ans d’un violon David Léonard Wiedmer, et le prix spécial des archetiers (un archet inspiré de celui de Nicolas Maire d’une valeur de 4000 € réalisé par Gabriel Pasquier).

Matthew Hakkarainen (23 ans) d’origine américano-finlandaise, étudiant à la Juilliard School, obtient un deuxième prix : son exécution du Concerto de Tchaïkovski témoigne de réelles qualités artistiques et d’une sensibilité à fleur de peau (la canzonetta en apnée jouée avec sourdine). Malheureusement dans le finale, quelques problèmes rythmiques entachent légèrement sa prestation, mais il part avec le prix du Public et de la Meilleure Interprétation de la pièce contemporaine française (Sonata breve d’Éric Tanguy).

De gauche à droite : Yixuan Ren et Hannah Kim

La Chinoise Yixuan Ren (19 ans), troisième prix, a de l’énergie à revendre dans le Concerto de Sibelius mais reste parfois à la surface du texte ; en revanche, sa lecture de la Sonate de Poulenc en demi-finale est récompensée par le prix de la Meilleure Interprétation de la sonate française.

Quatrième prix, la Coréenne Hannah Kim (21 ans) sur un superbe violon Ruggieri des années 1726 se montre plus fragile dans le Concerto de Sibelius qui, sous ses doigts, manque d’intensité et de projection.

Outre ces finalistes, on aura des yeux de Chimène pour quelques candidats demi-finalistes : parmi eux, le jeune Canadien-Allemand Emrik Revermann (15 ans) d’une autorité transcendante dans Tzigane de Ravel, la Française Clara Messina (18 ans) très engagée dans la Sonate de Poulenc, l’Autrichienne Maria Sotriffer (24 ans) à la vélocité contrôlée dans Carmen-Fantasy de Sarasate, et la Chinoise Leyang Tang (23 ans) dont la lecture de Viennese Rhapsodic Fantasietta de Kreisler est dénuée de pathos. Il faut également mentionner l’excellence des pianistes accompagnateurs, Yukako Morikawa et Antoine de Grolée, parfaitement accordés aux intentions des candidats. L’engagement des bénévoles et des organisateurs parmi lesquels Jean-Pierre Begel, président du comité, de même que le soutien chaleureux d’un public venu nombreux, contribuent aussi à la réussite de cette manifestation violonistique de haute tenue.

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