Deux visions modernes des Concertos pour cor de Mozart

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Published On: 12 juin 2026|
Temps de lecture : 3 minutes

D’un côté, Bis mise sur l’originalité avec des reconstructions inédites défendues par Alec Frank-Gemmill. De l’autre, Chandos propose l’intégrale du corpus dans une lecture brillante portée par Martin Owen. Au-delà des différences de programme, ces deux enregistrements offrent un éclairage contrasté sur l’un des sommets du répertoire pour cor.

Si l’on croit d’abord comparer deux enregistrements du même programme, un rapide examen infirme cette impression. Le disque Bis présente les deux mouvements du Concerto n° 1 complétés par l’Adagio K. 211 de 1775 originellement destiné au violon. Malgré sa numérotation, il s’agit du dernier concerto composé par Mozart qui travaillait encore dessus la veille de sa mort. Loin de paraître incongrue, la nouvelle mouture fonctionne de manière convaincante et sonne plaisamment à l’oreille. Le programme invente en outre un Concerto « n° 0 » en adjoignant au Rondo K. 371 un autre fragment d’un concerto pour cor, l’Allegro K. 370b. L’ensemble du travail d’arrangement et de reconstruction du nouvel ouvrage ainsi que du Concerto n° 1 est dû à Stephen Roberts, compositeur, corniste et pédagogue réputé outre-Manche.

Le disque Chandos propose l’intégrale du catalogue mozartien pour cor et orchestre élaboré entre 1781 et 1791, à savoir les Concertos nos 1 (K. 412/514) à 4 et le Rondo K. 371.

Une discographie déjà riche

Toutes dévolues au cor naturel sans pistons – Mozart inscrivait en tête du Concerto n° 4 « Ein Waldhorn Konzert für den Leutgeb » (Un concerto pour cor de chasse pour Leutgeb) – ces partitions ont suscité une belle discographie mettant en valeur un instrument aux saveurs sauvages : Hermann Baumann, Ab Koster, Anthony Halstead, Teunis van der Zwart, Lowell Greer, Hansjörg Angerer… Mais elles constituent surtout un cœur de répertoire pour tous les praticiens du cor d’harmonie, infiniment plus confortable à jouer. À la suite de Dennis Brain en 1953, les grands interprètes du passé ont balisé le terrain au disque, souvent à plusieurs reprises : Alan Civil, Barry Tuckwell, Peter Damm… Ceux d’aujourd’hui font de même : Marie-Luise Neunecker, Radek Baborák, Radovan Vlatković, Sarah Willis…

Alec Frank-Gemmill : la référence moderne

Les deux nouveaux venus prolongent cette série avec une réussite inégale. Agile, nuancé, varié, inventif, Alec Frank-Gemmill entretient un dialogue constant avec un partenaire orchestral quasi idéal. Les lignes souples, l’acuité pétillante et la réactivité des chambristes suédois menés par un Nicholas McGegan parfait styliste bénéficient d’une perspective à la fois ample, dynamique et aérée qui en éclaire chaque détail. Et quel naturel dans les timbres ! On est heureux de découvrir ce disque Bis passé inaperçu dans nos contrées. L’originalité de son programme, sa qualité technique et artistique en font à nos oreilles une incontestable référence moderne.

Martin Owen : virtuosité et plénitude sonore

Martin Owen joue comme le virtuose que l’on connaît, avec une plénitude du son et une aisance technique impressionnantes, mais des phrasés un rien appuyés quelquefois. L’humour, la truculence, lui vont mieux que le lyrisme (Andante du Concerto n° 2) ou la tendresse (Romanza du Concerto n° 3). Toujours au premier plan, le soliste ne bénéficie pas d’une interaction particulièrement fructueuse avec Gábor Takács-Nagy, apparemment moins inspiré que lorsqu’il accompagne Jean-Efflam Bavouzet. Une restitution sonore assez compacte de la Manchester Camerata, large, puissante mais peu fouillée accentue sans doute notre sentiment.

CHOC

Informations pratiques

  • Compositeur : Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
  • Œuvres : Les 4 Concertos pour cor et orchestre. Concerto pour cor « n° 0 »
  • Interprètes : Alec Frank-Gemmill (cor), Orchestre de chambre suédois, Nicholas McGegan (direction)
  • Label : Bis-2635 (1 SACD)
  • Date d’enregistrement : 2023
  • Durée : 1 h 12 min

Informations pratiques

  • Compositeur : Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
  • Œuvres : Les 4 Concertos pour cor et orchestre. Rondo K. 371
  • Interprètes : Martin Owen (cor), Manchester Camerata, Gábor Takács-Nagy (direction)
  • Label : Chandos CHAN 20377 (1 CD)
  • Date d’enregistrement : 2025
  • Durée : 1 h

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