Concerto pour piano de Grieg : guide d’écoute et analyse de l’œuvre
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Œuvre emblématique d’Edvard Grieg, son Concerto pour piano en la mineur mêle virtuosité, lyrisme romantique et couleurs nordiques. Alors qu’il sera donné cet été au Festival de La Roque d’Anthéron, Classica vous propose d’en suivre la structure mouvement après mouvement grâce à une écoute guidée.
C’est l’un des concertos romantiques les plus joués et les plus aimés. Unique concerto pour piano d’Edvard Grieg, cette œuvre conjugue l’élan romantique, l’éclat de la virtuosité et les accents du folklore norvégien.
Pour suivre la forme et comprendre la structure de ce concerto, nous vous proposons un concert capté le 15 novembre 2025 à Baden-Baden, réunissant le pianiste Anthony Sintow-Behrens et l’Orchestre philharmonique de Baden-Baden, sous la baguette de Carlos Domínguez-Nieto.
C’est à la fois un concerto romantique de la plus belle eau, et une œuvre qui s’inspire du folklore norvégien. Pour l’écrire, Grieg, 25 ans, met à profit l’été 1868, en Zélande, en compagnie de son compatriote Edmund Neupert (1842-1888). Le pianiste norvégien, dédicataire de cette œuvre, la portera au triomphe dès sa création, à Copenhague le 3 avril 1869. Franz Liszt déchiffrera ce concerto sous les yeux de Grieg avec un enthousiasme sans réserve.
Ce Concerto pour piano en la mineur est le cheval de bataille de Grieg dans ses tournées européennes de concerts : il l’interprète lui-même, non sans une continuelle préparation, et pour conjurer son trac, il garde dans sa poche une figurine de grenouille porte-bonheur. À partir de 1889, il préférera diriger son œuvre, en confiant la partie de piano à des virtuoses comme Eugen d’Albert, Raoul Pugno ou Agathe Backer-Gröndahl.
Il sera interprété par la jeune pianiste Arielle Beck avec l’Orchestre Consuelo, dirigé par Victor Julien-Laferrière, au festival de La Roque-d’Anthéron le 23 juillet à 21 h.
Clés d’écoute
1. Allegro molto moderato
Après le farouche roulement de timbale, le piano ouvre le feu sur une cascade de notes impérieuses (0’ 48). Le motif la-sol dièse-mi apparaît dans plus d’une œuvre de Grieg : il est en quelque sorte sa signature, son involontaire « logo ».
Le premier thème (1’ 15) est amorcé à mi-voix par le groupe des bois ; il est présenté ensuite au piano (1’ 50).
Le pont (2’ 26) entre les deux thèmes principaux est lancé au piano, animato, sur des rythmes pointés un peu fantasques ; une danse norvégienne à deux temps nommée halling se laisse deviner ici, non sans quelque familiarité avec le monde des trolls.
Après un flot d’arpèges perlés (2’ 53), le piano mène le deuxième thème (3’ 13) qui chante aux violoncelles avec un lyrisme tranquille et chaleureux. La mélodie est reprise au piano (3’ 35) avec un contrechant de basson (3’ 53).
Un crescendo, où le pianiste plaque de fébriles octaves (4’ 21) conduit au développement. Celui-ci est attaqué avec fougue sur le « motif Grieg » (4’ 40), épisode épique qui culmine sur le do insistant des trompettes (5’ 01). Puis le piano accompagne avec une douceur idyllique tantôt la flûte, tantôt le cor, qui évoquent le premier thème (5’ 17). À 5’ 58 intervient une dramatisation sur la tête (les premières notes) du premier thème.
C’est le piano qui amorce la réexposition (6’ 41), où l’on retrouve, avec des variantes, le texte des quatre premières minutes (deuxième thème à 8’ 02). Quand le piano reprend le second thème, le contrechant est cette fois au cor (8’ 44). L’importante et éloquente cadence (épisode qui valorise la virtuosité du soliste) pianistique (9’ 43) a été entièrement écrite par le compositeur.
L’orchestre, comme impressionné par cette démonstration du clavier au panache lisztien, amorce timidement la coda (12’ 59) et va s’animant ; le piano conclut avec énergie sur le « motif Grieg ».
2. Adagio
C’est un nocturne d’une grande poésie. Le thème, très lié et rêveur, est énoncé par les cordes en sourdine ; Grieg écrit toujours avec beaucoup de bonheur pour les ensembles de cordes (Quatuor, Suite Holberg…). Un solo de violoncelle (15’ 47) est suivi d’un cor qui soupire en majeur, puis en mineur (16’ 06). L’entrée du piano (16’ 17), d’une grande délicatesse, chante comme chez Chopin sur un accompagnement ténu de cordes dont il pourrait presque se passer. Après un bref commentaire des cordes, le piano reprend sa céleste mélodie (16’ 58). Il s’anime en traits ascendants (17’ 38) jusqu’à un climax sur le thème initial, traité en majesté, comme un hymne (17’ 56).
On quitte cette page sur un dialogue entre piano et cor (18’ 28), puis sur la rêverie introductive (19’), mais, cette fois, le clavier accompagne l’orchestre jusqu’au bout ; pour finir, il l’agrémente de trilles subtils (19’ 41), un chant de rossignol dont se souviendra à sa façon la Pièce lyrique pour piano op. 54 n° 4, intitulée : Notturno (1891).
3. Allegro moderato molto e marcato
Ce finale doit sa bravoure au folklore des fjords, dont il s’inspire sans littéralement le citer ; ce concerto est un des premiers à affirmer, sans complexe, de rustiques racines dans une œuvre classique. Grieg sera d’ailleurs très admiré par Bartók. Quant au Concerto pour piano n° 1 de Tchaïkovski avec son finale ukrainien endiablé, il est de treize ans postérieur à celui-ci.
Le mouvement démarre sur une petite sonnerie de clarinettes et bassons, après quoi le piano réagit par un flot de notes, puis s’élance, seul, dans un halling (20’ 30), une danse bondissante à deux temps. Le tutti de l’orchestre propose une autre idée sur la même danse, qu’il martèle avec vigueur (20’ 59).
Après le commentaire plein de fantaisie du piano, que complète le basson (21’ 07) et après un solennel arrêt sur accords (21’ 34), s’ensuit un échange dynamique entre cordes et bois sur la tête du thème principal, entraînés par le moteur arpégé du soliste (21’ 42). Cet épisode est dramatisé (22’), successivement par l’orchestre, puis par le piano ; le premier thème est développé au clavier (22’ 35).
C’est alors qu’apparaît, à la flûte solo, un nouveau thème très tendre et éthéré (23’ 15) qu’accompagnent discrètement les cordes en trémolos. Cette mélodie est le cœur lyrique de ce mouvement, et elle détiendra le mot de la fin. Le piano rêve à son tour sur ce thème (23’ 56), en le brodant, dans un style qui anticipe celui, si sensible, de Rachmaninov.
La réexposition reprend toute la première succession d’idées (25’ 59). La conclusion est une trouvaille rythmique très enjouée, Quasi presto, qui transforme le halling (deux temps) en un alerte springdans à trois temps (28’ 47).
Après une sonnerie de trompettes (29’ 35), le dernier mot appartient au thème lyrique, glorifié en tutti, et dont le profil va être subtilement changé : sa troisième note est abaissée (30’ 17), au piano d’abord, puis à tout l’orchestre. Liszt a trouvé géniale cette inflexion : « Sol, sol, et non plus sol dièse ! Fameux ! Voilà comment il faut faire ! »
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