Concert du Nouvel An à La Fenice : Venise chante l’Italie

Published On: 31 décembre 2025|
Temps de lecture : 3 minutes

Entre fierté nationale et climat de fête, le Concert de Nouvel An vénitien trouve sa voix.

Le Concert du Nouvel An du théâtre La Fenice, créé il y a vingt-trois ans, est né comme la réponse italienne au mythique rendez-vous viennois. Tandis que l’Orchestre philharmonique de Vienne célèbre, avec les valses scintillantes des Strauss, l’âge d’or de l’Empire austro-hongrois, Venise a choisi dès l’origine une voie différente, profondément « nationale-populaire » (au sens gramscien) : faire rayonner le mélodrame italien, ce langage musical qui fait vibrer le pays entier et appartient à son imaginaire collectif. Ici, plus qu’ailleurs, l’opéra n’est pas seulement un divertissement, mais une part de la mémoire nationale.

Une première partie intégralement italienne

La véritable nouveauté de cette édition résidait dans la première partie. Traditionnellement consacrée à une grande page du répertoire symphonique européen, elle a cette fois adopté un profil entièrement italien, comme pour affirmer encore davantage la vocation identitaire du concert. Aucun romantisme germanique ni grandes fresques symphoniques d’Europe centrale : seulement des compositeurs de la Péninsule, plus ou moins familiers, mais tous liés organiquement au théâtre.

L’orchestre, seul en scène, a ainsi offert une galerie d’ouvertures d’opéra : la brillante Semiramide de Rossini en ouverture, majestueusement architecturée ; la noble Norma de Bellini, avec ses lignes pleines de tension lyrique ; l’« Intermezzo » du Guglielmo Ratcliff de Mascagni, tout en mélancolie ; la sombre et tourbillonnante « Tregenda » de Le Villi de Puccini ; puis la vivacité souriante de la « Sinfonia » de Don Pasquale et enfin la grandeur tragique des Vêpres siciliennes de Verdi. Ce parcours condensé retraçait, en quelque sorte, une histoire en miniature de l’opéra italien.

Airs célèbres et raretés

La seconde partie retrouvait la formule tant attendue par le public : une soprano et un ténor, Rosa Feola et Jonathan Tetelman, dont on a surtout admiré le professionnalisme, se partageaient une anthologie d’airs et de duos. Les incontournables étaient bien présents : « Nessun dorma » a, comme toujours, suscité un enthousiasme immédiat, tandis que « Va, pensiero » demeurait ce chœur suspendu entre nostalgie et espoir collectif. Le traditionnel « brindisi » de La traviata a conclu la soirée dans une atmosphère de fête assumée.

Mais l’intelligence du programme résidait aussi dans des choix moins habituels : « Feste! Pane! Feste! » et « Cielo e mar » de La Gioconda, la barcarolle de Silvano, bijou de Mascagni aussi rare qu’inconnu, ou encore « Sombre forêt » du Guillaume Tell de Rossini. Une alternance subtile entre monuments et découvertes, pensée surtout pour plaire au public nombreux qui a occupé toutes les places disponibles pour les quatre représentations du concert du 29 décembre au 1er janvier.

.

Michele Mariotti et l’art de diriger la fête

Pour la première fois, Michele Mariotti dirigeait ce concert. Profondément enraciné dans le répertoire italien et grand rossinien, il a insufflé à la Semiramide d’ouverture une énergie nerveuse et un sens dramatique exemplaires : peut-être le moment le plus abouti de la soirée. Ailleurs, ses options, parfois originales, n’allaient pas toujours dans le détail infime, mais semblaient plutôt accompagner le climat de célébration collective. Dans un cadre où la fête prime sur l’analyse stylistique, ce choix avait sa cohérence : mieux vaut la chaleur que l’orfèvrerie qui risquerait de passer inaperçue.

Le tout se déroulait dans un contexte institutionnel délicat, après la contestée nomination de Beatrice Venezi comme future directrice musicale. Les protestations ouvertes de l’orchestre et du chœur se sont, pour l’heure, adoucies : on a opté pour une forme de contestation « gandhienne », en distribuant au public une petite épingle ornée d’une clé de sol et d’un cœur, à porter durant la représentation. Malgré ces tensions, les musiciens et le chœur ont fait preuve d’un professionnalisme irréprochable, offrant un niveau d’exécution digne de la tradition de La Fenice — et l’on sait combien ce répertoire appartient à l’ADN du théâtre.

Reste la question, suspendue : cette fragile harmonie résistera-t-elle au temps ?

Un rituel culturel et économique durable

Enfin, on ne peut oublier que cet événement est aussi une fête pour le théâtre lui-même : les quatre représentations garantissent des recettes considérables, signe que le public reste fidèle. Mais au-delà de l’aspect économique, le Concert du Nouvel An vénitien s’impose désormais comme un rituel « identitaire » : un moment où l’Italie se regarde et s’écoute, avec cette alliance unique de fierté, d’émotion populaire et d’élégance théâtrale.

Pour le voir

Diffusion sur Arte le 1er janvier 2026 à 18 h 40 et sur arte.tv

Partagez cet article, choisissez votre plateforme!

Articles similaires