Concert héroïque à Toulouse

Published On: 3 mars 2025|
Temps de lecture : 2 minutes

Quel lien unit un faune, le roi Salomon et le héros romantique Titan ? Réponse dans le programme de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse conduit par Tarmo Peltokoski, avec les héros qui ont inspiré Debussy, Bloch et Mahler.

Orchestre national du Capitole de Toulouse Crédit Romain Alcaraz

Crédit photo : Romain Alcaraz

Dans une Halle aux grains remplie, l’énigmatique Prélude à l’après-midi d’un faune pose les prémices du voyage. Emergeant du fond des âges, la flûte éthérée déroule ses souples ondulations chromatiques, mollement posées sur les incroyables harmonies que Debussy renouvelle lors de chaque réminiscence. Une flûte parfois heurtée par ses complices de la petite harmonie, moins discrets …

Avec la violoncelliste Sol Gabetta, l’esprit rhapsodique est tout aussi envoûtant dans Schelomo d’Ernest Bloch (1917). En revanche, le postromantisme s’impose par le dialogue entre l’orchestration luxuriante et le chant tour à tour déclamatoire (cadence du Lento moderato) et plaintif (Andante) du violoncelle. On se souvient que le compositeur suisse-américain s’inspire du Livre de la Sagesse du roi Salomon (L’Ecclésiaste) pour traduire la douleur existentielle. L’interprétation offre du relief au chant populaire juif (Kadosh Attoh) qui rebondit du hautbois au basson avant les climax orchestraux échevelés. En bis, la violoncelliste argentine délivre l’émotion contenue de La Prière de Bloch (issue du cycle La Vie Juive), un moment de sincérité qu’acclame le public.

Un talent visionnaire

Le registre épique du postromantisme s’accentue avec la Symphonie n° 1 de Mahler, dite « Titan » (héros du romancier Richter) tout en poursuivant le cheminement d’une certaine judéité. Si l’œuvre fut incomprise lors de sa création (1889), depuis, chaque chef d’orchestre explore la multiculturalité de ses styles avec délectation : de la régularité du coucou à la valse viennoise ou à la chanson Frère Jacques travestie en marche funèbre. La lecture de Peltokoski mise sur les différences de tempo et des accentuations pour saisir cette hétérogénéité si singulière. Ainsi, la lourdeur du Ländler contredit la langueur décadente de la valse viennoise (deuxième mouvement et son trio) ; le rebond sarcastique du grupetto désacralise la marche funèbre qui se dérobe ensuite sous les effluves klezmer. Il faut cependant attendre le finale (« Tourmenté, agité ») pour que le talent visionnaire du jeune chef surgisse, celui qui nous avait captivé dans Les Tableaux d’une exposition en 2024.

Un big bang flamboyant et quasi cinétique déferle alors depuis le plateau vers les travées circulaires de la Halle. Aussi, l’enthousiasme du public couronne cette programmation trois fois héroïque ! Fort de ce premier jalon, l’orchestre national de Toulouse rayonnera lors de la tournée européenne grâce à des pupitres de qualité (bois, cuivres et percussions).

Pour plus d’informations

Toulouse, La Halle aux grains, le 27 février.

Tournée de l’Orchestre national de Toulouse avec Tarmo Peltokoski, Sol Gabetta, Daniel Lozakovitch : Philharmonie de Paris (4 mars), de Berlin (5 mars), Dortmund (6 mars), Freibourg (7 mars), Elbphilharmonie de Hambourg (9 mars), Philharmonie de Cologne (12 mars), Tonhalle de Düsseldorf (13 mars)

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