10 compositrices baroques à (re)découvrir

Published On: 22 mai 2026|
Temps de lecture : 6 minutes

Découvrez 10 compositrices baroques oubliées, de Francesca Caccini à Jacquet de la Guerre, et les œuvres qui les remettent enfin en lumière.

Musiciennes oui, compositrices non. Si une jeune fille, issue de la haute société bien sûr, présentait des dispositions pour la musique, elle devenait chanteuse ou instrumentiste (le clavecin ou le violon, le plus souvent). Cela explique la modeste quantité de musiques signées de mains féminines. Francesca Caccini et Barbara Strozzi ne l’entendaient pas de cette oreille et osèrent braver les conventions. D’autres, comme Francesca Campana et Élisabeth Jacquet de la Guerre, ont même connu les honneurs de l’édition, voyant ainsi leurs partitions circuler. Mais elles demeurent des exceptions.

Autrefois considérées comme des curiosités, les œuvres de ces compositrices des XVIIe et XVIIIe siècles s’inscrivent de plus en plus souvent dans les programmes de disques et de concerts. En témoignent ces dix propositions, enregistrées pour la plupart ces dix dernières années. Nul doute que les bibliothèques n’ont pas fini de livrer leurs trésors.

1/ Francesca Caccini (1587–vers 1641)

La liberazione di Ruggiero dall’isola d’Alcina (1625) : « Quanto per dolce e mia beata sorte » (Scène 1)

  • Présentation : Née à Florence, élève de son père, le compositeur Giulio Caccini, l’un des inventeurs de la musique « moderne », Francesca Caccini passe l’essentiel de sa vie professionnelle à la cour des Médicis. Ne subsiste que Il primo libro delle musiche (1618), recueil de pièces à une et deux voix, et La liberazione di Ruggiero dall’isola d’Alcina (1625) qui serait le premier opéra composé par une femme. Le livret repose sur l’Orlando Furioso de l’Arioste, comme, plus tard, Roland de Lully, Orlando furioso de Vivaldi, Orlando et Alcina de Haendel ou Orlando paladino de Haydn. Le style de cet opéra de Caccini rappelle celui de L’Orfeo de Monteverdi.
  • Version recommandée : Mauro Borgioni (Ruggiero), Elena Biscuola (Alcina), Ensembles Allabastrina et La Pifarescha, Elena Sartori (direction) / (Glossa, 2016)

2/ Lucrezia Orsina Vizzana (1590-1662)

Componimenti musicali de motetti concertati a una e più voci (1623) : « O magnum mysterium »

  • Présentation : Fille d’une noble famille de Bologne, Lucrezia Orsina Vizzana intègre le monastère camaldule de Santa Cristina della Fondazza dans son enfance. Chanteuse, organiste et compositrice, elle connaissait le stile moderno de Monteverdi qu’elle n’hésite pas à intégrer dans sa musique exclusivement sacrée. Extrait d’un recueil de vingt motets, Componimenti musicali de motetti concertati a l e più voci, son « O magnum mysterium » propose une méditation sur les souffrances du Christ que viennent panser les alléluias conclusifs.
  • Version recommandée : Ruby Hughes (soprano), Mime Yamahiro Brinkmann (violoncelle), Jonas Nordberg (théorbe) / (Bis Records, 2016)

3/ Francesca Campana (vers 1615-1665)

Arie a una, due e tre voci, op. 1 (1629) : « Voi luci altere »

  • Présentation : Elle était considérée comme l’une des meilleures chanteuses de Rome, sa ville natale, et pratiquait également le clavecin. Épouse du compositeur Giovan Carlo Rossi et belle-sœur du compositeur Luigi Rossi (auteur d’Orfeo, le premier opéra créé en France, en 1647). Son recueil de douze airs pour une, deux et trois voix, dédié à Don Luigi Gonzaga de Mantoue, réunit des textes profanes, sentimentaux, tendres, légers ou passionnés comme ce « Voi luci altere » dans lequel l’amant reconnaît le triomphe de l’amour.
  • Version recommandée : Les Kapsber’girls (Alpha Classics, 2023)

4/ Barbara Strozzi (1619-1677)

Diporti di Euterpe, op. 7 (1658) : « Lagrime mie »

  • Présentation : Huit recueils et une centaine de pièces, essentiellement profanes et pour voix soliste : Barbara Strozzi fut une des compositrices les plus prolifiques de son temps. Vénitienne, fille (illégitime ?) du poète Giulio Strozzi dont elle met les textes en musique dans son Il primo libro de madrigali (1644), elle évolua dans un milieu intellectuel privilégié, favorable aux arts. Elle compose essentiellement des cantates (dont « L’Eraclito amoroso » dans l’op.2) et des madrigaux dans un style, toujours très expressif, qui s’apparente à celui de Monteverdi. Ces Divertissements d’Euterpe, muse de la musique, comptent huit Cantate e ariette a voce sola dont le « Lagrime mie » constitue un des sommets. Bien que confiée à une voix féminine, cette lamentation évoque avec une impressionnante efficacité dramatique (chromatisme, changement de rythme) la perte de l’amour et les larmes d’un point de vue masculin.
  • Version recommandée : Emőke Baráth (soprano), Il Pomo d’oro, Francesco Corti (clavecin et direction) / (Erato, 2018)

5/ Isabella Leonarda (1620–1704)

Motets pour voix soliste et deux violons, op. 6 (1676) : « Ave suavis dilectio »

  • Présentation : Encore une compositrice de noble origine qui passera sa vie au couvent (des Ursulines) ! Née et morte à Novare, dans le Piémont, Isabella Leonarda consacre logiquement son travail au répertoire sacré : elle laisse ainsi quelque deux cents œuvres distribuées entre messes, psaumes et motets qui recourent autant à la polyphonie qu’à la mélodie accompagnée. Ce motet pour l’élévation, de forme souple, exprime la joie que suscite l’attente de l’Eucharistie.
  • Version recommandée : Maria Cristina Kiehr (soprano), Concerto Soave, Jean-Marc Aymes (orgue et direction) / (Ambronay, 2010)

6/ Antonia Bembo (vers 1643–vers 1715)

Produzioni armoniche (1695) : « Lamento della Vergine »

  • Présentation : Fuyant Venise et son époux violent, Antonia Bembo se réfugie à Paris et approche Louis XIV. Elle lui dédie son premier recueil composé en France, ces Productions harmoniques dans lesquelles elle écrit : « Votre Majesté, à qui l’on avait fait savoir que j’avais un certain talent pour le chant, celle-ci a bien voulu m’écouter. Et me voyant abandonnée par celui qui m’avait fait venir de Venise, Votre Majesté a daigné m’accorder une pension, grâce à laquelle j’ai pu demeurer dans la communauté de Notre-Dame de la Bonne Nouvelle. » Influencée par Barbara Strozzi et par Francesco Cavalli, son maître, Antonia Bembo compose des pièces sacrées et profanes. Ce « Lamento della Vergine » (Lamentation de la Vierge) exprime les émotions de Marie lors de la Crucifixion, entre douleur, tendresse et contrition.
  • Version recommandée : William Shelton (contre-ténor), Léo Brunet (guitare baroque), Salomé Gasselin (viole de gambe) / (Oktav Records, 2023)

7/ Maria Margherita Grimani (1679-1719)

La decollazione di San Giovanni Battista (1715) : « Serenatevi miei lumi »

  • Présentation : La biographie de Maria Margherita Grimani reste encore très vague. Elle aurait des origines vénitiennes et a été active à Vienne, friande de musique italienne, entre 1713 et 1718. Elle a composé au moins un opéra, Pallade e Marte (Pallas et Mars) et deux oratorios, La visitazione di Santa Elisabetta (1713) et La decollazione di San Giovanni Battista (1715), écrits pour la cour viennoise, dédiés à l’empereur Charles VI. La Décollation de saint Jean-Baptiste présente une compositrice au goût du jour, prompte à assujettir sa musique au texte. Dans cet extrait sont exprimées les larmes qu’il faut retenir et qui coulent.
  • Version recommandée : Suzanne Jerosme (soprano), Il Gusto Barocco, Jörg Halubek (clavecin et direction) / (Aparté, 2025)

8/ Élisabeth Jacquet de la Guerre (1665-1729)

Sonate en la mineur, pour le violon et le clavecin (1707) : Aria

  • Présentation : Issue d’une dynastie de musiciens et épouse d’un organiste, elle fut sans doute la première compositrice à être reconnue en France. Elle laisse un livre de pièces de clavecin et un opéra, Céphale et Procris (1694), et participe au développement de la cantate et de la sonate, venues d’Italie et alors nouvelles en France. Ses Sonates pour violon constituent ainsi un des premiers recueils du genre et seront interprétées devant Louis XIV.
  • Version recommandée : Sophie de Bardonnèche (violon), Lucile Boulanger (viole de gambe), Justin Taylor (clavecin) / (Alpha Classics, 2024)

9/ Wilhelmine von Bayreuth (1709-1758)

Sonate pour flûte traversière en la mineur (vers 1731) : Allegro

  • Présentation : Fille aînée du roi de Prusse Frédéric Guillaume, sœur du roi Frédéric le Grand, Wilhelmine apprend très tôt la musique et la danse. Devenue margrave de Bayreuth, elle s’appliquera à développer la vie musicale et culturelle de la ville : c’est à elle que l’on doit le merveilleux théâtre, dit l’Opéra des Margraves, aujourd’hui le plus beau théâtre baroque conservé d’Europe. Elle écrit notamment des livrets d’opéra, mais aussi de la musique dont subsistent un concerto pour clavecin et de la musique de chambre.
  • Version recommandée : Marta Gawlas (flûte), Natalia Olczak (clavecin) / (Evidence Classics, 2025)

10/ Mademoiselle Duval (1718-1775)

Les Génies ou les Caractères de l’amour (1736) : « Chantons, ne songeons qu’aux plaisirs »

  • Présentation : Chanteuse, claveciniste et compositrice, fille d’une danseuse à l’Académie royale de musique et nièce d’une chanteuse reconnue, Mademoiselle Duval, dont la vie reste très mystérieuse, est la seconde femme à avoir créé un opéra, après Élisabeth Jacquet de la Guerre. Cet opéra-ballet, d’une humeur légère comme le veut le genre, fait entendre une musique qui se souvient parfois de Lully et évoque Rameau, qui compose à cette époque Les Indes galantes.
  • Version recommandée : Le Chœur de l’Opéra royal de Versailles, Ensemble Il Caravaggio, Camille Delaforge (clavecin et direction) / (Château de Versailles Spectacles, 2023)

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