Soucieux de préserver la tradition du festival tout en se tournant vers de nouvelles perspectives, Alain Altinoglu, chef d’orchestre et directeur artistique, propose une programmation très diversifiée. Les premiers concerts se hissent au plus haut niveau.

Colmar ©Bertrand Schmitt

Crédit photo : FIC – Bertrand Schmitt

Après un hommage à Hubert Niess, cheville ouvrière du Festival international de Colmar pendant de très longues années et décédé en avril dernier à l’âge de 78 ans, le prélude de Lohengrin de Wagner, par l’Orchestre symphonique du Théâtre de La Monnaie, déploie toute sa dimension de transparence moirée dans l’acoustique pourtant réverbérée de l’église Saint-Matthieu. Dans les Lieder eines fahrenden Gesellen de Mahler, le baryton Stéphane Degout se montre d’abord un peu tendu mais, très vite, il réussit à instiller sensibilité, héroïsme et déchirement avec une parfaite maîtrise de l’allemand. Symbole de la relation franco-belge, la Symphonie de César Franck est dynamisée par l’énergie d’Alain Altinoglu qui, par sa lecture dramatique et frémissante, emporte tout sur son passage, et la coda finale est chauffée à blanc par une phalange pleinement engagée.

Dans le même lieu, le lendemain, honneur à la musique britannique : l’ouverture de l’opéra La Tempête de Thomas Adès (2004), d’après Shakespeare, permet à l’orchestre bruxellois de dégager avec virtuosité un ambitus sonore d’une puissance à faire frémir. La rare Sérénade pour ténor, cor et cordes de Benjamin Britten créée en 1943 par Peter Pears et le corniste Dennis Brain est magnifiée par l’excellent ténor anglais Ed Lyon. Sa ligne vocale très tenue révèle l’imagination pastorale et nocturne de ce cycle composé sur des poèmes élisabéthains et victoriens. À ses côtés, Jean-Pierre Dassonville, cor solo de l’orchestre, triomphe sans sourciller de la difficulté d’une partition aux nombreuses chausse-trappes et sait se lover dans les méandres vocales. Après l’entracte, les Variations Enigma d’Elgar alternent confidence élégiaque et humour festif sous la baguette d’un chef chaleureux et souriant très proche de ses musiciens. Ovation in fine au premier altiste Yves Cortvrint à l’annonce de son départ à la retraite. En bis la Marche n° 1 de Pomp and Circumstance, débridée à souhait, conclut cette soirée très british acclamée par le public.

Au Théâtre municipal, le spectacle ludique de Marina Chiche à l’attention des petits mais aussi des grands intitulé Concerto pour une violoniste bavarde et un vidéo-projecteur avec la complicité d’Hortense Belhôte à la mise en scène permet d’arpenter l’histoire du violon mais aussi du parcours de la soliste à travers des références à l’actualité, au sport (sa passion pour l’OM et le patinage artistique) ou au dessin animé. De manière fugace, passe un extrait de concert de Ginette Neveu jouant le Poème de Chausson quelque temps avant sa mort brutale. L’après-midi, le Quatuor Modigliani explore avec finesse et alacrité les Trois Pièces de Stravinsky (1914) puis signe une version très claire du Quatuor n° 7 « Razumovsky » de Beethoven atteignant dans le mouvement lent une intensité sans pathos où s’exprime la voix de l’âme.

Festival international de Colmar : église Saint-Matthieu et Théâtre municipal. Les 5 et 6 juillet.

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