Parsifal de Wagner à l’Opéra des Flandres : la révélation Christopher Sokolowski

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Published On: 17 octobre 2025|
Temps de lecture : 3 minutes

Remplaçant de la dernière heure, le ténor américain triomphe à Anvers où il fait valoir un charisme incontestable. Il s’inscrit dans une mise en scène très moderne de Susanne Kennedy et Markus Selg et une distribution de bonne tenue.

Ce n’est pas tous les jours que l’on assiste à la naissance d’un chanteur d’envergure, et encore moins d’un solide heldentenor. Après avoir été Lohengrin à Brême et, à Aix-en-Provence, un remarqué Captain Vere dans The Story of Billy Budd, Sailor,  adaptation de Britten par Ted Huffman et Oliver Leith, Christopher Sokolowski a subjugué le public anversois. Venu, in extremis, remplacer Benjamin Bruns, ayant fait sienne la partition en moins de quatre semaines, cet Américain de 34 ans a livré une authentique prise de rôle.

Élégance physique et splendeur vocale

Il en possède à la fois l’élégance physique et la maturité nécessaire. Doté d’un timbre légèrement barytonnant, un peu sombre, comme Jonas Kaufmann, le jeune ténor a déployé toute sa splendeur vocale lors du duo du deuxième acte, à l’instant du baiser fatal réveillant ses névroses.

Parsifal Anvers © OBV – Annemie Augustijns

La vision radicale de Susanne Kennedy de Parsifal

On s’était d’abord rendu à Anvers pour la metteuse en scène Susanne Kennedy et son alter ego, le vidéaste et plasticien Markus Selg. Ce duo nous avait enchantés en 2023 avec un Einstein on the Beach à la Grande Halle de la Villette transformé en rituel déambulatoire. Le public était physiquement invité à partager l’expérience immersive de l’hypnose Glass. Dans Parsifal où, pour paraphraser Wagner, le temps se fait espace, quelle serait leur vision ?

Un Montsalvat postapocalyptique

On est resté circonspect durant le premier acte encombré d’artefacts, téléviseurs, jerricans, totems antiques graffés No Future et LSD. Leur Montsalvat semblait davantage proche d’une communauté de teufeurs en descente de kétamine. Puis, on s’est laissé engloutir dans cet univers postapocalyptique tissé d’images métamorphiques : champ de bataille ravagé par les corbeaux, montagnes vertigineuses, grotte primordiale, et polyèdre kaléidoscopique au sein duquel lévite le Chaste Fol. Cette mise en scène a l’avantage d’éliminer la quincaillerie chrétienne et les leçons idéologiques. On assiste plutôt à la révolution d’une communauté luttant pour sa survie, au risque toutefois de rendre anecdotique l’affrontement Bien/Mal avec Klingsor, le Mal ayant déjà tout ravagé.

Susanne Kennedy préfère regarder vers le futur. Elle oriente Parsifal vers l’œuvre inachevée de Wagner, Les Vainqueurs, qui devait être consacrée à Bouddha. Il est ici question de découverte de soi et de métempsychose, illustrées par la projection, en guise de rideau de scène, d’un tunnel allant vers une inaccessible lumière. Certaines images peuvent déranger, comme cette valve cardiaque figurant la blessure d’Amfortas, mais elles savent parler au public, qu’il s’agisse de la forêt incendiée du deuxième acte ou de la nature monumentale du troisième acte, qui s’achève par une assomption dont on ne peut qu’inciter le public à venir découvrir l’ampleur exaltante.

Une distribution solide, portée par un orchestre incandescent

Pour donner la réplique à Christopher Sokolowski, l’Allemande Dshamilja Kaiser possède un timbre de mezzo corsé et voluptueux. On comprend pourquoi l’Amfortas du Kartal Karagedik lui a cédé. Le baryton turc livre deux monologues puissamment hantés par le doute et le remords. Albert Dohmen, vétéran wagnérien, est un Gurnemanz bienveillant que l’acoustique flatteuse de la salle anversoise ne met pas en péril. Le Klingsor de Werner Van Mechelen (aucun lien familial avec Reinoud Van Mechelen) déçoit quelque peu, mais la faute en revient au parti pris dramaturgique.

En fosse, le Symfonisch Orkest Opera Ballet Vlaanderen, sous la direction d’Alejo Pérez, s’approprie avec fougue et tourment la fabuleuse partition. Au premier acte, le chœur, impressionnant d’intensité, se trouve spatialisé entre scène et deuxième balcon, rappel intelligent de l’influence des chœurs de la Chapelle Sixtine sur Wagner. En résumé, un spectacle à l’intéressante modernité, chaleureusement accueilli par un public jeune, et la divine surprise de Christopher Sokolowski.

Informations pratiques

  • Opéra d’Anvers, le 11 octobre.
  • Prochaines représentations 14, 16, 19, 22 octobre
  • Site internet

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