Bien plus qu’une résurrection : une véritable métamorphose
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Sous la houlette de David Lescot, la Cendrillon de Pauline Viardot, opérette de salon longtemps cantonnée à la curiosité musicologique, devient un spectacle pleinement accompli, irradiant intelligence et plaisir.
Le charme opère d’emblée. La musique de Pauline Viardot (1821-1910), dont on découvre à chaque instant la grâce mélodique et l’élégance naturelle, se voit délicatement enrichie par l’orchestration chambriste inventive de Jérémie Arcache. Loin de trahir l’original, créé en 1904, cet arrangement en révèle les couleurs cachées, élargissant la palette expressive sans jamais en alourdir la texture. L’ensemble, sous la direction musicale de Bianca Chillemi, également au piano, respire, circule, scintille, comme si cette partition, née dans l’intimité d’un salon, trouvait enfin son lieu d’épanouissement. Avec, en particulier, quelques clins d’œil bienvenus à Prokofiev, mais aussi à Une barque sur l’océan de Ravel, et surtout au morceau de bravoure Stripsody de Cathy Berberian.
Une relecture moderne et juste
À cette réussite musicale répond une adaptation dramaturgique d’une rare justesse. En modernisant les dialogues, David Lescot ne se contente pas de rendre le texte plus accessible : il en affine les ressorts, en éclaire les zones d’ombre, et lui insuffle un rythme nouveau, vif, presque cinématographique. Le résultat est un théâtre en mouvement, où l’humour, souvent irrésistible, n’exclut jamais l’émotion.
Une distribution au diapason
Mais c’est peut-être du côté des interprètes que le spectacle atteint son point d’équilibre le plus convaincant. La distribution est remarquablement homogène, engagée corps et voix dans une même dynamique. Chacun trouve sa place dans cet alliage subtil entre théâtre et musique, sans jamais sacrifier l’un à l’autre. Dans le rôle-titre, Apolline Raï-Westphal est une Cendrillon à la lumineuse délicatesse. Le timbre, d’une pureté presque diaphane, épouse avec naturel les lignes de chant de Viardot, tandis que le jeu, sans afféterie, donne au personnage une profondeur touchante. À ses côtés, Lila Dufy campe une fée-marraine aussi virtuose que malicieusement décalée, alliant précision vocale et sens aigu de la scène — sa présence incarne à elle seule l’esprit de cette production située entre tradition et fantaisie.
Des seconds rôles de premier ordre
Les seconds rôles ne sont pas en reste. Clarisse Dalles et Romie Estèves composent un duo de sœurs délicieusement acerbes, parfaitement synchrones dans leur énergie comique. Olivier Naveau, en père grotesque, déclenche des rires francs sans jamais tomber dans la facilité. Tsanta Ratia apporte au Prince charmant une vitalité théâtrale réjouissante, contribuant à cette impression d’ensemble où chaque détail semble ciselé.
Rien ne semble laissé au hasard : ni les ruptures de ton, savamment dosées, ni les incursions musicales inattendues, ni même les audaces scéniques, qui trouvent toujours leur justification dans une vision d’ensemble claire. La production assume pleinement son caractère hybride — à la croisée de l’opéra, du théâtre et du cabaret – et en fait une force plutôt qu’une dispersion. Certes, quelques esprits sourcilleux pourront regretter les libertés prises avec l’œuvre originale. Mais il faut reconnaître à cette Cendrillon une qualité rare : celle de restituer, sous ce déguisement moderne, la voix de Viardot. Non pas figée dans une reconstitution patrimoniale, mais vivante, vibrante, offerte au public d’aujourd’hui.
Le succès de ce spectacle rencontré tout au long de la tournée, et confirmé à Paris, ne doit rien au hasard : il consacre un spectacle, produit par la co[opéra]tive, qui, sans jamais céder à la facilité, parvient à conjuguer exigence musicale, intelligence dramaturgique et pur plaisir de scène.
Paris, Athénée Théâtre Louis-Jouvet, le 21 mars.
Prochaines représentations
- Mercredi 25 et jeudi 26 mars, Le Mans, Les Quinconces L’Espal.
- Jeudi 2 avril, Dunkerque, Le Bateau Feu.









