À la Philharmonie de Paris, Andrés Orozco-Estrada, à la tête des Chœurs et de l’Orchestre de Paris donnait des Carmina Burana très attendues. Malgré quelques fluctuations, la soirée laisse une forte impression.

Longtemps tenues à l’écart de la Philharmonie, les Carmina Burana de Carl Orff, dont la popularité ne faiblit pas, ont fait se déplacer en nombre le public. Dans la salle régnait une énergie d’avant match, les spectateurs attendant le coup d’envoi pour retrouver les mélodies entêtantes de la cantate scénique.

En début de programme, la création française d’Operascope (2023) d’Unsuk Chin par l’Orchestre de Paris sous la direction de l’énergique et jovial Andrés Orozco-Estrada a mis en avant chaque pupitre de l’harmonie, comme une présentation des capacités de chaque instrument. Après un début lourd et grave, la partition s’élève dans un jeu de virtuosité entrecoupé par les interventions des percussions (admirables solos de marimba et de timbales), opposant aux tensions amenées par les vents des parenthèses plus détendues confiées aux cordes dans une étonnante valse surgissant du chaos.

Philha ©Antoine Sibelle

Grande salle Pierre Boulez. Au premier plan, les sièges
vides des balcons latéraux, destinés au chœur d’enfants.
Crédit photo : Antoine Sibelle

Andrés Orozco ©Jeff Fitlow

Andrés Orozco-Estrada
Crédit photo : Jeff Fitlow

Changement de plateau, puis entrée impressionnante des plus de deux-cent-cinquante choristes des chœurs de l’Orchestre de Paris, descendant les marches de l’arrière-scène en un flot ininterrompu. Le chœur d’enfants encercle l’orchestre, ensemble juvénile vêtu de chemises blanches tranchant avec le caractère licencieux de la pièce. Coupant court aux discussions, le monumental « O Fortuna » écrase la salle de sa puissance dans un équilibre réussi. Viennent ensuite les incantations murmurées du chœur, soutenues par une ligne de basson imperturbable, lançant le déroulé des vingt-cinq mouvements de la cantate.

S’il surmonte les obstacles de la partition et propose une très belle interprétation de la « Tanz » ainsi qu’un « Ave formosissima » éblouissant, l’Orchestre de Paris n’a pas masqué quelques faiblesses, comme les attaques parfois imprécises de la petite harmonie. On retiendra surtout un remarquable décalage avec le chœur survenu à mi-parcours, peut-être dû à un Andrés Orozco-Estrada peinant à entraîner cet ensemble colossal dans un tempo étonnamment allant, ou à un chœur masculin manquant de précisions face aux performances du chœur féminin.
Côté soliste, le baryton Mark Stone propose une exécution maîtrisée, qu’il aurait cependant fallu plus incarnée pour rejoindre aux sommets le ténor Michael Schade dans sa trop courte intervention osée teintée d’humour, et la soprano Erin Morley, divine, affirmant avec une légèreté déconcertante ses capacités de coloratura. Le faste de la partition finit par prendre le dessus et marque les esprits.