Dans l’intimité de la salle Cortot, le premier volet des Concerts Cantabile a propulsé l’art lyrique sur des sommets et, malgré quelques inégalités, s’est fait porte-parole d’une jeunesse talentueuse.

Concerts Cantabile ©Francois Xavier Antonini

Crédit photo : François-Xavier Antonini

Hugo et Sacha Pietri, directeurs artistiques des Concerts Cantabile, déclinaison parisienne du festival Corsica Cantabile, n’ont pas eu froid aux yeux en présentant le programme de cette première soirée : on y retrouve quelques piliers du répertoire lyrique féminin, tels que le « Duo des fleurs » extrait de Lakmé de Léo Delibes, « Casta diva » de Norma de Vincenzo Bellini, deux airs des opéras mozartiens Les Noces de Figaro et Così fan tutte ou encore l’aria « Lascia ch’io pianga » extraite de Rinaldo de Haendel. Pour les interpréter, quatre cantatrices et un ensemble à cordes et harpe associant grands étudiants et artistes fraîchement diplômés composent une vitrine de la jeunesse montante, réunie sous la baguette – très originale, véritable bout de bois tordu – d’Antoine Simon. Devant un parterre plein, le concert, teinté d’une certaine « corsitude » en hommage à la résistante Danielle Casanova, laisse une très agréable impression et, malgré quelques « couacs », séduit profondément.

Un peu laborieux, puis vraiment grandiose

En introduction, l’ensemble instrumental propose l’Adagietto pour cordes et harpe de la Cinquième Symphonie de Gustav Mahler, qui présente un beau solo de violoncelle et met en valeur une harpe délicate sur le fil mince d’une atmosphère aérienne et cristalline. L’équilibre est cependant perturbé par un pupitre de violons au jeu difficilement vertical et parfois fâché avec la justesse. Puis c’est un faux départ de quelques musiciens, ainsi qu’une coordination scénique hésitante entre les cantatrices, qui sèment le doute dans la salle. À la direction, Antoine Simon tient bon et fait oublier ces quelques bévues, laissant s’exprimer librement chaque soliste et tirant de belles couleurs de l’ensemble avec une gestuelle mesurée et, il faut le préciser, visuellement agréable.
Soulagement également devant les performances des cantatrices aux robes scintillantes : on apprécie les graves chauds et ronds de la contralto Michelle Fieschi, dont l’interprétation profonde de « Lascia ch’io pianga » se démarque des versions habituelles, plus apaisée et résolue, ainsi que la remarquable maîtrise technique et la présence scénique de Yete Queiroz, remplaçant au pied levé Éléonore Pancrazi. La cantatrice franco-brésilienne accompagne dans un « Duo des fleurs » très réussi la soprano Amélie Tatti, qui, après avoir fait montre d’une grande délicatesse mais d’un jeu parfois timide, surprend par une puissance vocale insoupçonnée dans les moments les plus intenses de l’aria. Tout comme dans le lied Morgen! de Richard Strauss.
On admire enfin le talent d’Inna Kalugina tant sur « Casta Diva » que sur la « Sull’aria » des Noces de Figaro ou l’air de Così fan tutte « Ah, guarda, sorella » : avec son regard perçant, la soprano ukrainienne fait preuve d’une aisance admirable dans les registres les plus aigus ou les instants les plus vibrants qu’elle soutient avec une puissance saisissante, magnifiée par l’acoustique exceptionnelle de la salle Cortot.

La soirée se conclut sur l’hymne corse Dio vi salvi Regina, très bien arrangé par Antoine Simon qui réunit les quatre cantatrices et l’ensemble instrumental dans une interprétation bouleversante. On en redemanderait ! Dernière touche de résistance avec Bella ciao dans une version entraînante, à laquelle font écho les paroles de la nièce de Danielle Casanova présente dans la salle, réaffirmant les valeurs que l’on aurait tendance à oublier.

 

Concerts Cantabile, salle Cortot, 12 juin.