Bruxelles comblé par Siegfried !

Par |Published On: 23 septembre 2024|

Surprise, sagesse, naturel, enchantement… À Bruxelles, le Sigfried de Pierre Audi comble en tous points.

Siegfried à Bruxelles, Magnus Vigilius et Peter Hoare © Monika Rittershaus

Siegfried au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles, Magnus Vigilius et Peter Hoare. Crédit photo : Monika Rittershaus

Après un Or du Rhin et une Walkyrie mémorables, cosignés Romeo Castelluci et Alain Altinoglu, Bruxelles annonçait au printemps le retrait du plasticien italien d’un projet devenu trop complexe, trop gourmand en répétitions. Et l’entrée en lice de Pierre Audi, dont le Ring amstellodamois, saturnien, avait fait évènement voici vingt-cinq ans.

Qu’allait alors apporter son métier à Siegfried ? Il surprend par un tout autre langage visuel – on osera le mot sagesse – une approche bienvenue. Les fulgurances, les éblouissements propres à l’Italien n’y sont plus. Mais le récit, simple à suivre, sa fraîcheur, idéale pour ce conte d’apprentissage, ce naturel donné à tout et à la direction d’acteurs d’abord, font merveille, malgré quelques temps un peu morts. Pas de « Konzept » abscons. Cela ne nous apprend rien de neuf sur l’œuvre, tant pis, mais on sort enchanté. Énorme qualité !

Splendeur orchestrale

On pariait sur une splendeur orchestrale inchangée : dès les cordes graves immobiles de l’introduction de l’acte I, on a su la partie gagnée. Tout l’orchestre se donne sans compter et c’est jubilation, d’autant que le scherzo de la Tétralogie permet au chef d’ajouter des torrents de délicatesses au dramatisme de fond du cycle. Un sans faute !

De nouveaux interprètes

Ce Ring, c’était aussi un pari sur de nouveaux interprètes, pas tous convaincants. Cette fois, ça marche plutôt bien. Peter Hoare, Mime extraverti, nerveux, Scott Hendricks, Alberich sombre et vipérin, Wilhelm Schwinghammer, Fafner sonore mais sans grand relief, Nora Gubisch, Erda sans la chair profonde attendue, mais théâtrale, Liv Redpath, Oiseau absolument délicieux, Gábor Bretz qui donne enfin à son Wanderer la dimension sonore qui  lui manquait auparavant, Ingela Brimberg, qui serait une parfaite Brünnhilde si elle ne détonnait soudain au finale, c’est déjà de haut niveau. Quand Siegfried a le timbre sec à froid, on s’inquiète. Mais non, il chante bientôt chaleureux, racé, lyrique aussi, et prenant. Et il a de la prestance. Murmures de poète, finale enthousiaste, sans trace de fatigue : un vrai Jugendlicher Heldentenor, qui a su se préserver, c’est rare. Il s’appelle Magnus Vigilius, il a 50 ans et aura la sagesse de ne pas chanter le Crépuscule en février. On est sorti comblé, vous dit-on !

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